[INTERVIEW JOHN CARPENTER]

John Carpenter donne signe de vie dix ans après Ghosts of Mars avec The Ward, son dernier film, un direct-to-DVD, sur une adolescente enchaînée dans un asile psychiatrique des années 60 et la sortie de son mythique Assaut en Blu-Ray. Mais qu’a-t-il fait pendant tout ce temps?

John, pas trop déçu que The Ward sorte directement en Blu-Ray en France?
Je n’étais pas au courant, mais ça ne m’étonne pas. The Ward aurait trouvé sa place sur grand écran dans les années 80-90 : il date d’une autre époque et se révèle bien plus cérébral que des franchises horrifiques comme Saw, Paranormal Activity ou Destination Finale. En dix ans, Le Projet Blair Witch a changé la donne du cinéma fantastique et généré plein de petits films peu onéreux et rentables. Moi, je suis trop vieux pour jouer au petit malin ! Dans les années 70-80, le cinéma était sacré, les spectateurs différents et les producteurs, cinéphiles. C’est fini le temps des John Ford, Howard Hawks, Alfred Hitchcock…

Qu’est-ce qui a vous donné envie de revenir au cinéma après une si longue absence?
Après Ghosts of Mars (2001), je voulais tout arrêter. D’autant que j’essuyais un nouvel échec au box-office après Vampires. Vous savez, j’ai enchaîné les tournages pendant plus de quarante ans, j’ai eu envie de faire un break… Mon projet de science-fiction, The Stars My Destination, n’aboutissant pas, j’ai accepté deux sketchs pour la série des Masters of Horror. A la télé, tout va plus vite. J’ai réalisé Cigarette Burns, sans subir de pression. Quand on nous a donné le feu vert pour The Ward, j’ai eu envie de retenter l’expérience, mais sans m’impliquer autant qu’avant. Exceptionnellement, je n’ai pas écrit le scénario, ni composé la bande-son. Trop de travail !

Justement, pourquoi avoir choisi le scénario de The Ward plutôt qu’un autre? Avez-vous vu Sucker Punch avec lequel il entretient des similitudes?
On me parle beaucoup de Sucker Punch. Or, je ne l’ai jamais vu et je n’avais pas eu vent du projet avant de commencer The Ward. Je ne regarde plus beaucoup de films, à part les vieux classiques et les screeners que je reçois pour les Oscars. Le scénario de The Ward proposait une thématique séduisante (isolation, claustrophobie, démence, piège) et me donnait la possibilité de travailler avec une petite équipe et un casting féminin dont Amber Heard que j’avais adoré dans Tous les garçons aiment Mandy Lane. Le twist final figurait déjà dans le script d’origine et je pouvais le supprimer. Je mentirai en disant qu’il s’agit du plus original que l’on ait jamais vu ces dernières années, d’autant qu’il est très proche de celui d’Identity (James Mangold, 2003). S’il avait été trop tiré par les cheveux, je ne l’aurais pas gardé. Par exemple, je n’ai jamais compris le twist de L’échelle de Jacob. J’ai beau avoir eu le scénario entre les mains, je ne trouve aucune réponse satisfaisante.

On ne compte plus aujourd’hui les films qui s’inspirent de votre cinéma…
Honnêtement, ça ne me pose pas de problème. Les jeunes réalisateurs aiment mon cinéma et veulent le faire connaître aux nouvelles générations. Voir le remake peut donner envie de découvrir l’original. Personnellement, je ne revois jamais mes films. C’est pour cette raison que je ne m’implique pas dans l’élaboration des bonus sur un Blu-Ray, comme celui d’Assaut (1976). Sinon, je passerai mon temps à critiquer ce qui ne fonctionne pas. Pour le commentaire-audio de The Ward, je souhaitais être accompagné par le seul rôle masculin, Jared Harris : ça ressemblait à une conversation car on a coupé le son pour ne pas être dérangés. Pour ma santé mentale, j’évite de regarder en arrière ou même de repenser aux projets avortés! Pour donner un exemple, après avoir réalisé le biopic sur Elvis pour la télévision en 1979, je voulais en faire un sur Jim Morrison avec Kurt Russell. Vous imaginez ? Kurt aurait été génial en leader des Doors! Mais plus le projet avançait, moins je le sentais. A l’arrivée, pas de regrets: je préfère avancer. Ce qui est sûr, c’est que The Ward m’a redonné l’envie de faire des films. J’ai toujours plein de projets en stand-by. Mais, comme rien n’est encore signé, en attendant, je regarde le basket-ball sur ma télé HD. Et je me régale.

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