Professeur de littérature à l’université de Lausanne (Mathieu Amalric), Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue.
Les frères Larrieu réalisent des films qui respectent la durée d’un plan, d’une émotion, d’un souvenir, d’une vie. Chez eux, tout se joue à portée de lèvres, au moment où les mots se forment et où les sentiments se solidifient. Dans Les derniers jours du monde, leur précédent long métrage, ils utilisaient le prétexte de la fin du monde pour parler des amours frustrées et enregistraient les derniers battements de cœur d’un homme épicurien (Mathieu Almaric) qui partait à la recherche de celle qu’il avait toujours aimée, quelques jours avant l’apocalypse. De la flamme à la fumée. Du soleil à la pluie de cendre. A la fin, le film se consumait en utilisant l’une des plus belles chansons d’amour au monde. Cinq dernières minutes bouleversantes après une série de trucs un peu dingues.
Avec L’Amour est un crime parfait, beau titre Hitchcockien pour une adaptation du roman de Philippe Djian (Incidences, publié en 2010), les frères Larrieu s’attachent à un personnage de professeur séduisant comme le diable, cerné par des créatures, incarné par un Mathieu Amalric au sommet qui, quelques mois après avoir joué le double de Roman Polanski dans La Vénus à La Fourrure, évoque physiquement le réalisateur du Locataire, partage la maladresse de ses héros, les visions et l’angoisse existentielle.
A travers ce protagoniste, les Larrieu construisent un univers doux et angoissant, somnambulique et charnel, dans lequel on retrouve tout ce que l’on a toujours aimé chez eux : le côté « fugue », le rythme distendu, les dialogues poétiques, l’humour contagieux, la sensibilité crue et nue, le romantisme et l’amour fou. Ils développent des personnages secondaires extrêmement ambigus, en particulier les femmes fatales attirées dans un champ magnétique (Karin Viard en sœur désorientée, Maïwenn en veuve noire, Sara Forestier en étudiante désoeuvrée et dévergondée).
A l’arrivée donc, un film formidable dans des limbes, tout en apparitions troubles, en décrochages surréalistes et en érudition dans lequel on cite Breton, Barthes, L’âge d’orde Luis Buñuel et même Les enfants terribles de Jean Cocteau. Après le film catastrophe dans Les derniers jours du monde, les Larrieu parlent aussi de la fin d’un monde, celui d’un cinéma indépendant assujetti aux conventions technologiques (le visionnage des Derniers jours du monde sur une télé 3D).
De nouveaux codes du genre (ceux du film noir), respectés jusqu’au coup de théâtre final, leur permettent de décrypter le monde sous cloche mû par le souci de transparence où la liberté, le mystère, la vie privée et même la cigarette n’existent plus. Et leur permettent aussi, encore plus que dans leurs précédents longs métrages, de filmer des corps libres et électriques, traversés par le désir, foudroyés par l’interdit, tentés par la transgression. A bien des égards, leur univers tranche avec le tout-venant de la production ciné française et inutile de dire que l’on est vraiment bien chez eux.

