[CRITIQUE] BIRDMAN de Alejandro González Iñárritu

C’est l’histoire de Riggan Thomson, une star sur le retour qui a connu une célébrité mondiale en interprétant un super-héros ailé, « Birdman ». Il tente désespérément de ranimer une carrière qui s’est enlisée et de gagner de la crédibilité en montant à Broadway une nouvelle de Raymond Carver, « What we talk about when we talk about love » (Parlez-moi d’amour).

Bataillant en permanence avec son ego qui le tourmente comme un double maléfique, il se débat aussi avec une série de problèmes: les acteurs dont il faut gérer la fragilité (Naomi Watts), le narcissisme ou l’alcoolisme (Edward Norton), les critiques de théâtre hostiles, les problèmes financiers, et surtout, sa vie personnelle en déroute. Son intransigeante fille (Emma Stone), tout juste sortie de désintoxication, le met face à ses errements de père et d’artiste; il est déchiré entre son ex-femme qu’il admire toujours et sa jeune et fougueuse maîtresse comédienne (Andrea Riseborough).

Vous l’aurez compris : Birdman fait écho à la propre trajectoire de Michael Keaton, qui fait ici un retour ur le devant de la scène, au sens propre, après avoir interprété Batman il y a 20 ans puis avoir vu sa carrière ralentir. Le comédien de 63 ans, lui, affirme que ce film a beaucoup plus à voir avec Alejandro Inarritu qu’avec lui. « En termes de parallèle, je ne me suis jamais senti aussi peu lié à un personnage qu’à Riggan mais je l’ai compris à beaucoup de niveaux parce qu’il était si viscéral, vrai et humain« , a-t-il déclaré.

Pour Inarritu, le succès de l’introspectif Birdman, qu’il a co-produit pour 18 millions de dollars, couronne aussi 20 ans de carrière, après notamment son premier long-métrage acclamé, Amours chiennes, 21 Grammes, avec Naomi Watts, et Babel, avec Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal.

Birdman célèbre et écorche les comédiens avec un humour féroce (« T’as envie de te refaire faire quelque chose ? On va demander au chirurgien de Meg Ryan ! »). Il peut toucher aussi par sa poésie, son regard à la fois acide et bienveillant sur des états d’âmes d’artistes qui ressemblent aussi à ceux de tout un chacun. Alors qu’il est tourné presque entièrement dans l’univers clos du théâtre St James, non loin de Times Square à New York, le film est tout sauf statique. Il prend les allures d’un long plan-séquence truqué, des années après La Corde d’Alfred Hitchcock, qui donne l’illusion d’une caméra qui vole et suit les personnages des coulisses à la scène, d’un balcon à l’entrée, sans jamais s’arrêter, sans coupures de plan. Comme s’il s’agissait d’un oiseau.

En substance, le film fait penser au cinéma de feu Robert Altman (Short Cuts). Inarritu partage depuis le début de sa carrière une appétence pour la description des microcosmes et une prédilection pour les chroniques polyphoniques où différents personnages se croisent et maintiennent un récit par leurs histoires. Et comme dans ses précédents longs métrages, il a la main lourde, notamment dans le dernier tiers mélodramatique, perdant son acidité et sa causticité en cours de route.

Sinon, le dénouement pompier n’est pas le point fort d’un film qui séduit d’avantage lorsqu’il déraille, contenant toutefois des éclats hallucinés. Il y a aussi un vrai tour de force (on a envie de savoir comment Inarritu a «triché» techniquement) et des interprètes impecs dans le déréglement névrotique. Autour du revival d’une fois de Michael Keaton, que l’on peut considérer comme une fausse bonne idée ou une idée sans génie, on prend plaisir à retrouver Ed Norton (on a presque oublié que c’est un acteur génial), Naomi Watts en pleine autoparodie ou encore Emma Stone, de plus en plus belle à chaque fois.

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