Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par coeur. Alors que l' »audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…
A l’instar du morceau des Velvet Underground (Lou Reed, assure Emmanuelle Seigner dans le film), « La Venus à La Fourrure », le nouveau film de Roman Polanski s’inspire très librement de la nouvelle de l’écrivain autrichien Leopold von Sacher Masoch, écrite en 1869. La « Venus » de Polanski s’inscrit parfaitement dans cette lignée sadomasochiste, mais dans un contexte et un rapport différents. Ici, un metteur en scène et une actrice, leurs rapports fascinés et fascinants.
Inutile de chercher midi à quatorze heures pour comprendre que Polanski parle évidemment de lui et de ses démons du passé, revenant le hanter de toutes les formes possibles. Mathieu Amalric incarne le double de Polanski et Emmanuelle Seigner, une actrice capable de métamorphoses et de dualités, qui parle d’ambivalence et non d’ambiguïté. Et qui pourrait bien être une créature familière du cinéma de Polanski…
Nous qui pensions le réalisateur de « Rosemary’s baby » un peu perdu avec « Carnage », son précédent film (et probablement ce qu’il a commis de pire dans sa filmographie), le cinéaste qui nous avait ébloui avec son thriller-somme « The Ghost Writer » reprend du poil de la bête avec ce huis-clos sadomaso drôle et dérangeant, épousant toutes les obsessions du cinéaste : perte de l’identité/échange de l’identité, paranoïa, schizophrénie, illogisme, aliénation, claustration, impuissance et peur du contact humain. On retrouve tout ça dans « La Vénus à la fourrure » qui opère par ailleurs un lien très clair et très fort avec un autre film de Roman Polanski : « Cul de sac ».
On pourrait même dire que « La Venus à la Fourrure » est un remake de « Cul de sac ». C’est exactement le même concept, le même jeu de rôles, la même réflexion sur les rapports homme-femme, la même fin qui foudroie. Du 100% Polanski donc.

