Critique Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog

Pour Werner Herzog, sa version de Bad Lieutenant ne doit pas être considérée comme un remake du classique d’Abel Ferrara. A raison puisque le résultat est différent. Il suffit de voir, dès la première scène, un serpent ondulant dans les flots d’une prison inondée par le cyclone pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un décalque mais d’une variation décalée. Ce qui reste de l’original est traité de manière parodique. La force dévastatrice de la nature (l’ouragan Katrina, en filigrane) y remplace la rédemption religieuse. C’est d’autant plus ironique que Herzog a choisi Nicolas Cage dans le rôle principal et il a laissé l’acteur en faire des tonnes, jusqu’à l’écœurement. Il a certainement vu en lui une incarnation de la vulgarité beauf hollywoodienne idéale pour représenter la déchéance morale du flic qui se procure de la drogue lors des saisies policières.

Le résultat ressemble à une espèce d’odyssée intérieure : des âmes démoniaques dansent sur du blues, des gunfights sont alimentés par de la musique cajun et le point de vue subjectif d’un iguane. Comme si on était en lévitation. Plus tard, au détour d’une scène, on retrouve Michael Shannon qui annonce son personnage dans My son, my son, what have ye done ?, le film que Herzog a tourné juste après. D’ailleurs, Bad Lieutenant et My son, my son, what have ye done ? racontent la même dérive baroque et hallucinée, brouillant la frontière entre réalité et fiction. A chaque fois, c’est une première pour Herzog (le polar pour le premier, l’horreur pour My son, my son, what have ye done ?) et une possibilité pour lui de court-circuiter les codes Hollywoodiens en imposant un ton, une atmosphère, une revanche. Ce jeu de massacre gratuit qui vise tout le monde peut distraire. Mais si cette audace se révèle payante, elle ne tient quand même pas sur la durée. Isolément, chaque séquence se révèle supérieure à l’ensemble par trop indigeste.

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