Au coeur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent. « Les rencontres d’après minuit », premier long métrage du réalisateur français Yann Gonzalez, amoureux des paradis artificiels, partage de nombreux points communs avec « L’âge atomique » d’Héléna Klotz. Dans la production cinématographique française actuelle, il ressemble à une vraie bizarrerie que le spectateur goûtera selon sa sensibilité.
Dans un premier temps, il importe de ne pas se fier aux apparences : loin des promesses sulfureuses, le film se révèle étonnamment chaste dans sa représentation du sexe, préférant la verdeur des dialogues, les préliminaires, les caresses, les bisous, la montée du désir. Et montre, à travers différentes marques d’affection, une utopie possible permettant à des belles et des beaux endormis de s’extraire du monde, de jouir dans un décor artificiel. Avant l’aube, le réveil cruel, la tristesse découlant de la séparation.
De toute évidence, Gonzalez voit de la beauté et de la poésie là où les aveugles l’ignorent. En l’occurrence dans le cinéma de Jean Rollin, ouvertement cité, et à travers lui tout un pan de cinéma bis (Béatrice Dalle en Ilsa). Les défauts de son film (dialogues trop écrits, impression persistante de court métrage étiré en long…) sont compensés par la liberté d’une telle entreprise et le plaisir ludique qu’elle génère, communiquant la détermination jusqu’au-boutiste de son auteur. Et cette croyance totale en ses plans, en ses personnages, est assez belle, nourrie par le goût des expériences, des oxymores et des alchimies (du Rohmer, du Robbe-Grillet, du Fassbinder et why not du Bertrand Blier queer).
Ainsi, au risque de se priver d’une large partie du public (en somme ceux qui n’aiment pas les trompe-l’œil, l’esprit de merveilleux et le réalisme magique), « Les rencontres d’après minuit », conçu comme un film de cinéphile et surtout un film de rêves transcendé par la bande-son de M83, permet à Gonzalez de convier des acteurs d’horizons très différents – drôle d’endroit pour une rencontre avec Eric Cantona, Alain-Fabien Delon, Béatrice Dalle, Niels Schneider, Nicolas Maury, Fabienne Babe – pour explorer la chambre de ses fantasmes, partager aussi son humour tordu lorsque, par exemple, Fabienne Babe débarque dans le noir et s’exprime, tel un téléphone rose psalmodiant du Françoise Hardy. Des promesses de stupre pour beaucoup de mélancolie, d’onirisme et d’amour.

