[FAITES LE MUR] Banksy, 2010

On ne le sait pas assez, Banksy a réalisé un film. Un super film, même, dont le titre français (Faîtes le mur!) obtient sans peine la Palme du titre français le plus hideux depuis… Soyez sympas, rembobinez! de Michel Gondry.

Thierry Guetta est un Français qui a réussi dans le commerce à Los Angeles. Cet excentrique décide de tout abandonner pour filmer les maîtres du Street Art qu’il poursuit jusque dans les lieux les plus inaccessibles, les plus périlleux, les plus improbables afin d’immortaliser leur travail. Sa quête n’aurait pas pu être complète sans sa rencontre avec l’artiste le plus mythique : Banksy, le graffeur légendaire. Ayant réussi à gagner sa confiance, Thierry Guetta le suit et le filme sur les terrains les plus hasardeux.

Banksy, c’est Mr. Brainwash, c’est vous, c’est moi. Depuis maintenant plus de 20 ans, cet artiste pratique l’art de la subversion dans le street art en ayant pris le soin de ne jamais révéler son identité, ni même son visage. D’une part, pour fuir la célébrité ; de l’autre, pour continuer à exercer son art. L’artiste, surdoué partout, vient semer notre doute comme réalisateur, aux commandes de ce documentaire qui pourrait bien tenir du gros canular tant sa force réside dans un amour pour les puissances du faux. En prenant l’option qu’il s’agit d’une bonne blague vitriolée, Banksy signe la meilleure comédie de ces dix dernières années, une sorte de Forgotten Silver de la nouvelle décennie qui ne révélerait pas le pot aux roses façon Orson Welles dans F. For Fake (1975). Dans le cas contraire, il déploie un témoignage édifiant sur l’art aujourd’hui, réceptacle de la misère intellectuelle. Banksy est à lui-seul une fusion des Daft Punk : tout ce qu’il touche, produit, encense est instantanément porté au pinacle. Il a bien compris que le talent masqué est ce qui excite et vend, plus encore que les accablantes provocations de Madonna si génialement moquées, à une heure où toutes les identités se dévoilent et sont redistribuées sur Internet via les réseaux sociaux. Celui qui a exécuté un générique des Simpson vomissant sur la Fox réussit encore à tromper tout le monde au cinéma, à travers une histoire d’ascension opportuniste où un loser devient une star. En l’occurrence, Thierry Guetta (alias Mr Brainwash) qui va régurgiter des années de contre-culture, de John Carpenter à Andy Warhol, pour percer dans le milieu bobo artistique et passer pour un génie aux yeux des incultes. En réalité, il n’a aucun talent et, comme tous les incompétents haut placés, il va réussir à faire illusion.

A travers ce Thierry Guetta, qui produit sans le savoir la même soupe que David, Banksy assassine une génération de pique-assiettes, d’artistes morts car virtuels réclamant l’indépendance, recherchant la reconnaissance immédiate sans une once d’intégrité et ressemblant comme deux gouttes d’acide aux rejetons de téléréalité. Si le constat de ce film est cinglant, actuel et drôle, il est aussi désabusé : si, avant, l’art plaidait pour une ouverture d’esprit, un goût aventureux d’inédit, une expression des sensibilités, un vecteur des possibles, il est aujourd’hui tellement assimilé, recyclé, copié, copyrightisé, ordinateurisé qu’il n’est plus qu’une vaste escroquerie, un puits de connaissance sans fond. Au-delà du vrai et du faux, au-delà de la réalité et de la fiction ou même de ce que Banksy balance en substance, il y a surtout ici un plaisir total de cinéma, proche d’un suspense de lavage de cerveau, voire d’un film catastrophe à l’invraisemblable vérité, dont le spectateur serait la première victime. Une énigme d’inconnus dont on ne peut pas percer les secrets en quelques clics sur Wikipedia, ni même trouver la solution sur Facebook.

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