[MARIANNE] Coucou, c’est l’horreur made in France

Assez mal accueillie par la presse, bien vendue par Netflix et fort commentée sur les résososio, la série Marianne de Samuel Bodin a le mérite de relancer le bon vieux débat franco-français du cinéma d’horreur chez nous.

Espèce en voie de disparition, et même en voie d’invisibilité, la série d’horreur en France a moins la côte que la série fantastique, discrète également mais sans doute un poil plus vendeuse. Deux exemples tout récents: Les revenants (pour Canal+), hélas crashé par sa seconde et dernière saison, et le très beau Au-delà des murs (produit par Arte). Cette fois c’est Netflix qui emboîte le pas avec Marianne, un show à l’horreur volontiers plus rentre-dedans. Mais, méfiance, on connaît aussi l’aura des séries Netflix françaises, jusqu’ici peu glorieuses (Plan coeur, Huge en France et Marseille: we need to stop!). Pour ce voyage en terre occulte, on s’affranchit des grandes villes pour un petit tour en Bretagne, et plus particulièrement à Elden, où une certaine Marianne sème la terreur, entité maléfique et sorcière surgie d’outre-tombe qui hantait jusqu’ici les livres de l’auteur Emma Larsimon, mais qui semble maintenant prête à décimer son entourage. Ayant fuit pendant quinze ans son patelin natal, la jeune écrivaine revient pour remuer le couteau dans la plaie, retrouver ses amis d’enfance et affronter sa nemesis.

Bref, si cela vous dit quelque chose, c’est normal, tant la série charrie en bloc des références plus évidentes que l’évidence même: Les griffes de la nuit, Fog, Misery, L’antre de la folie, Seven, Dead Silence, Ça, L’exorciste 1 et 3, Nuits de terreur, The Visit… Et puisqu’il faut commencer par les choses qui fâchent, on reste justement un peu déçu par cette avalanche de références venues du pays de l’Oncle Sam, d’emprunts esthétiques parfois très littéraux (à Mike Flanagan ou James Wan par exemple), et par cette même volonté de ressembler coûte que coûte à ces classiques avec des manies elles aussi très «américaines». Acteurs en surjeu, dialogues beaucoup trop écrits entraînant échanges artificiels et forcés, ruptures de tons maladroites, tics de mise en scènes incongrus (ah les instants clips…): comme beaucoup de ses congénères dans le genre, Marianne veut tout faire comme le voisin de l’autre côté de l’atlantique. Et pourtant on sait bien depuis le temps que l’horreur hexagonale n’a pas besoin de jouer les copycats pour s’épanouir (remember Grave? Maléfique? Dans ma peau? Martyrs? La nuit a dévoré le monde?). Il y a cependant de fortes chances que ce manque d’authenticité passe bien mieux en dehors de son pays. Si si.

Alors, au bûcher Marianne? Pas complètement non. Déjà parce que la direction artistique est à mille lieues des thrillers estivaux de TF1 avec Ingrid Chauvin et Francis Huster (faut pas déconner, mémé!): éclairages soignés et de beaux plans en pagaille sans que jamais le mot cheap ne vienne en tête. Au coeur des nuits brumeuses où les enfants se passent la corde au cou, l’atmosphère bretonne est un régal et – sans crier au génie – certaines scènes de terreur font plutôt mouche. Une direction artistique dont on apprécie aussi l’imagerie appliquée: les rares créatures sont filmées sporadiquement, sans CGI, et font preuve d’un design quant à eux très éloignés des modèles américains (et qu’on doit au talentueux et infernal illustrateur Hubert Griffe), suintant un vrai grotesque de cauchemar. Et on apprécie également le show de la grimaçante Mireille Herbstmeyer en Madame Daugeron (qui a conquis toute la rédaction chaos!), possédée aussi tordante que flippante tout droit surgie d’un film d’horreur de Sam Raimi – pour le coup, une référence bien digérée et surtout bien exploitée. Il y a beau y avoir un gros problème de ton, on suit malgré tout jusqu’au bout l’impitoyable Marianne. Signe que cette série réussit tout de même l’essentiel: se montrer divertissante.

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