[LE CHARME DISCRET DE LA VANITE] Le Zahia movie de l’été a du mal à se laisser décrire, ce qui est plutôt bon signe. Alors, male gaze ou pas? Film réalisé par une femme, ou bien? Il suffira de regarder l’interview de Zahia dans Quotidien, son immobilité vampirique dès qu’elle croise le regard d’une caméra, pour constater à quel point cette grille d’analyse est étroite (n’en déplaise à la rédaction de Slate.fr).
Naïma (Mina Farid) a 16 ans et vit à Cannes, dans un immeuble assez éloigné du faste festivalier. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, son explosive cousine Sofia de 22 ans (la fameuse Zahia D.) vient passer les vacances avec elle. Ensemble, « elles vont vivre un été inoubliable ». A savoir: ne rien faire, mais le faire sur un yacht de milliardaire, dans une boutique de luxe ou sur un karaoké diffusant du Niagara. Une joyeuse vacuité offerte au spectateur par l’intermédiaire de Naïma, dont le regard épouse une perpétuelle fascination pour les faits et gestes de sa cousine. Au coeur de tout ça, vous vous en doutez, il y a la question de la liberté, de l’indifférence au scandale, au jugement, à la réputation, et à tout ce qui peut entraver, encore aujourd’hui, la sexualité féminine (le tout sans le moindre surplomb moral, ce qui est déjà une réussite).
C’est en cela que le film est peut-être plus proche de La Vérité (1960) de Clouzot que du Mépris (1963) de Godard: bien que Zlotowski se défende de l’avoir dirigée comme tel, la proximité avec Bardot est évidente, et Zahia excelle dans ce pudding de propos bas-de-plafond et aspirations métaphysiques plus sophistiquées façon Rohmer. Un mélange qui fonctionne moins bien dans la bouche d’autres personnages, en particulier celui du milliardaire Andres (Nuno Lopes), qui aurait mérité un travail scénaristique plus ample, ne serait-ce que pour qu’on puisse ressentir la moindre émotion devant pareil sourire fadasse (berk). Pas certain qu’un conte moral puisse pleinement fonctionner avec un antagoniste aussi faiblard.
C’est toute l’ambiguïté du film: dérouler totalement le programme annoncé sur sa fiche Allociné, manquer cruellement de subtilité dans l’exposition de certains personnages, et réussir pourtant à nous cueillir à la moitié du projet, quand la musique prend le pas sur le reste du récit, et que le film quitte ses références manifestes pour ne ressembler à rien de connu. Si le sujet du film est le superficiel, il le capte avec une certaine profondeur (pas étonnant qu’on pense aussi à Sagan et à son adaptation par Preminger). Ou comment passer d’un vulgaire « La Quinzaine fait encore croquer ses potes » à un tout aussi trivial « Ah ouais, le film est vraiment bien en fait« . Mais est-ce vraiment utile de trancher? Curieux sentiment de l’été…
GAUTIER ROOS

