Année Bissextile est le coup d’essai de Michael Rowe, un dramaturge Australien ayant migré au Mexique. C’est surtout un de ces films qui ne demandent pas de seconde vision, qui disent tout au premier choc et qui vont jusqu’au bout d’une certaine logique paranoïaque. Passé un prologue à la fois elliptique et expressif, la suite du récit ne se déroulera que dans l’appartement de Laura (Monica Del Carmen). Engluée dans la solitude, fanée par les relations humaines, elle peut y promener son corps, vieilli avant l’heure. La première prouesse, c’est d’envisager une histoire qui se déroule à la fois dans la société et complètement en dehors. Rien ne doit dépasser du cadre : si Laura s’enferme chez elle, c’est parce qu’elle n’a plus rien à attendre de l’extérieur. La communication se réduit à des coups de téléphone et des échanges de mail. Sans que rien ne soit expliqué, on la voit s’enfermer progressivement dans une apathie dépressive attendant le désordre neuf, le sang à la bouche. Pendant ce temps, le désir hurle silencieusement.
Il a pourtant suffi qu’un homme de passage la regarde différemment, lui fasse l’amour comme elle n’osait plus l’espérer, lui donne du sexe à la fois destructeur et salvateur pour remplir son vide. Il revient un soir, puis deux. Avec lui, elle commence à nouer une idylle sadomasochiste, à chaque fois plus extrême pour ne pas le perdre. Jusqu’à la dernière étreinte, filmée crûment, qui annonce un coup de théâtre inversant les rapports de force. Ce que l’on voit est très simple, mais engage en profondeur la sensibilité et la réflexion du spectateur. Sur un mode totalement anti-dramatique (linéarité obstinée, burlesque minimaliste, rigueur obstétricale des plans), le cinéaste filme la tension érotique, la fantasmagorie Buñuélienne, les illusions Bovarystes. Il transforme l’appartement de Laura en univers mental déliquescent où gravitent des cafards et s’écroule le ferment de la sous-culture mexicaine pour forger, à partir d’elle, une image compacte de la répulsion. On pense au nouveau cinéma Mexicain représenté par quelques adeptes du jeu profane avec le sacré comme Carlos Reygadas (Bataille dans le ciel), Pedro Aguilera (La Influencia) et Amat Escalante (Los Bastardos). Il faudra désormais compter avec Michael Rowe, aussi radical et doué.


