[Critique] Independencia de Raya Martin

Avec Brillante Mendoza, Raya Martin est l’un des principaux représentants du nouveau cinéma philippin. Ce qui les rassemble, c’est leur prolificité et leur capacité à varier sensiblement de registre à chaque nouvelle tentative. La différence, c’est tout le reste. Mendoza revendique l’influence du cinéma-vérité pour l’approche documentaire de la fiction et le regard ethnographique sur un monde invisible. A l’inverse, Martin opte pour une stylisation conceptuelle proche de Stan Brakhage, afin de révéler la possibilité du cinéma à un moment donné de son histoire esthétique et de son évolution technique. Sur ce coup, il reconstitue en studio la colonisation américaine des Philippines en renonçant par ailleurs à toute approche psychologique et en se consacrant presque intégralement à l’image voire l’abstraction. Ça devient intéressant lorsque l’on sait que les archives filmées du pays ont été détruites et qu’aujourd’hui, il n’en reste plus rien.

A la lisière de l’expérimental et de l’art pictural, avec une tendance triviale au symbolisme, ce film fonctionne à double-tranchant : le principe consistant à faire du neuf en recyclant du vieux avec une technicité archaïque peut se révéler hiératique. Son extrême âpreté – un travail sur la lumière et sur le cadre saisit l’œil et stimule l’esprit en permanence – est le prix qu’il faut payer pour mettre à jour un projet global. Independencia sort quelques semaines avant Lola. Le parallèle est intéressant : Mendoza a trouvé une forme d’expression accessible et ouverte en réussissant son pari néo-réaliste de toujours (donner l’illusion que ce qui se passe sous nos yeux est authentique) alors que Martin continue de ne s’adresser qu’à un public très averti. S’il désire, un jour, acquérir une plus large reconnaissance, il lui faudra doser les émotions et ne pas passer d’un salmigondis d’une durée insoutenable (Showing Now, son précédent film, environ 5h) à un projet presque trop minimal (Independencia, un peu plus d’une heure).

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