Cela commence à faire un petit moment (Cannes, Sundance) que Lee Daniels est présenté comme le nouveau surdoué du cinéma indépendant US. C’est un buzz idéal pour outsider à la prochaine cérémonie des Oscars. Après avoir découvert son premier long métrage, Precious, on comprend surtout qu’il ne s’agit que de poudre aux yeux. Mariah Carey en assistante sociale et Lenny Kravitz en infirmier servent d’appâts bling-bling à cette adaptation indigente du roman de Sapphire qui relatait à la première personne du singulier le parcours édifiant de Claireece Precious Jones : une adolescente black, pauvre, obèse et battue, préférant se réfugier dans ses rêves de star afin de fuir un quotidien insurmontable. L’histoire a beau être vraie et éprouvante à la lecture, on sort de sa transposition cinématographique comme accablé, l’impression d’avoir pataugé dans du mou humain sur des kilomètres, à perte de vue et d’idéal.
Le plus surprenant reste l’absence totale d’effort pour faire du cinéma. Pas une idée, pas une scène qui sonne juste, juste du cabotinage de mauvais film indépendant. Confondant l’empathie avec terrorisme lacrymal, Lee Daniels fait dégouliner les bonnes intentions propres au catéchèse sociologique et tombe dans tous les pièges (démagogie poids lourd, putasserie) en réduisant au passage la marginalité à un phénomène de foire. Rapidement, il n’a plus rien à offrir qu’une collection de tics qu’il n’arrive plus à rendre pertinents, ni même séduisants. L’écœurement est atteint aussi vite que son corollaire, l’ennui. Rivalisant de gros mots comme «réel», «vrai», «vécu», Precious est un film tellement nul dans son traitement qu’il apparaît hors sujet : passe encore que son auteur ne sache pas filmer (gageons que ces faiblesses soient à mettre sur le compte de l’inexpérience et de l’envie d’épater la galerie), mais surtout, il ne sait pas lire. Pour toutes ces raisons, le qualifier de « révélation de l’année » revient un peu à se moquer du monde.

