[CRITIQUE] André Valente de Catarina Ruivo

J’aimerais que mon père arrive à temps pour Noël avec tous les petits cadeaux que je lui ai demandés. Je voudrais que cette fois il reste très longtemps et qu’il ne se fâche pas avec ma mère. Il faut aussi que je raconte à Suzanna un mystère que j’ai découvert. Mon voisin d’en face sort tous les jours à la même heure en jogging et il parle une langue bizarre. On pourrait le suivre pour voir où il va… André Valente manque peut-être de moyens mais pas d’amour. Ce premier film qui possède la sensibilité de sa réalisatrice Catarina Ruivo est aussi fragile que ses personnages : trois âmes paumées dans une société qui a continué de vivre sans eux. D’une durée courte (1h11), il contraste avec les productions actuelles exagérément étirées et va à l’essentiel sans chercher de vaines bifurcations scénaristiques.
Le monde est ici décrit à travers les yeux d’un enfant, dans un contexte cruellement réaliste qui empêche les rêves et l’épanouissement personnel. Mais qui dit dureté du monde ne dit pas nécessairement misérabilisme obligatoire. Au contraire : les trois personnages du film (une mère plaquée par son mari, un enfant martyrisé par ses camarades et un voisin russe passionné par le patinage artistique) tentent une dernière fois de croire au bonheur et plus simplement en ce qui les anime. La mère est à la recherche d’un nouvel amour, le fils d’un nouveau père, le voisin russe d’une nouvelle peau.
Tout est perçu du point de vue de l’enfant qui à travers cet attachement obstiné pour ce voisin mystérieux découvre tout ce qu’il fallait découvrir avec un père. Ce sont deux individus en panne d’affection qui réapprennent à vivre et à aimer. Leur rencontre débouche sur l’idée que toutes les formes d’amitié aussi imprévues soient-elles sont possibles, belles et salvatrices. Se bonifiant au fur et à mesure qu’elle progresse, cette chronique dit des choses très justes sur la vie avec une émouvante simplicité.

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