Critique redouté perdu dans une existence banale, Serge Pommier n’a toujours pas écrit le livre que tout le monde espère de lui. Pour vivre, il doit se contenter d’enseigner la littérature à l’université. Lorsque l’une de ses étudiantes, Jeanne, lui soumet un manuscrit remarquable, sa vie bascule… Ce texte, il aurait dû l’écrire, il aurait pu. Ce roman est à coup sûr un passeport pour la reconnaissance si longtemps espérée. Serge décide de kidnapper Jeanne et de lui voler son texte. Entre les non-dits, les confidences, l’envie d’aimer et la soif de vengeance, chacun devient le prisonnier de l’autre…
S’il y a un film français attendu cette année, c’est bien celui-ci : Imposture (Je suis un écrivain raté), le second long métrage de Patrick Bouchitey qui avait secoué le petit monde de la cinéphilie il y a plus de dix ans avec son Lune froide, sorte de météorite venu percuter le spectateur de plein fouet, qui raconte l’errance de deux paumés en proie au mal-être, taraudés par des pulsions nécrophiles. A la lisière de la farce et du malaise, du noir et du gris, de la décence et du scabreux, le film tenait quasiment du miracle. Quatorze ans (de silence) plus tard, le trop rare Patrick Bouchitey revient sur un terrain différent : celui du thriller psy avec ses soubassements, coups de théâtre, ambiguïtés et discours équivoques. Ironiquement, il adopte l’hypothèse selon laquelle, sous le critique à la plume acerbe se cache un artiste frustré et pathétique. Son film scrute avec un style impassible le rapport ambigu entre un vieux prof critique littéraire et une de ses élèves qui a écrit un roman parfait.
Si les ombres tutélaires de Chabrol et d’Hitchcock sont présentes, Bouchitey examine en creux tout un tas de choses passionnantes : les rivalités de la vie de tous les jours, les petites jalousies étriquées, les crises passagères tout en se mettant au diapason de personnages au bord de l’implosion nerveuse. Le scénario, bien troussé, entraîne sans problème dans ses spirales paranos, mais l’ensemble manque de folie comme de cruauté. La preuve avec la pirouette finale aussi prévisible que troublante. De la part du réalisateur de Lune froide, c’est une déception, mais dans le sillage franco-français, une bonne nouvelle. Ce qui n’est pas rien.

