[LE DERNIER SURVIVANT] Geoff Murphy, 1984

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Un savant se réveille un matin et réalise que les êtres humains ont littéralement disparu de la planète. Un film d’anticipation post-apocalyptique zébré de visions belles et folles.

Réveillé à 6h du matin par un soleil aveuglant, Zac Hobson (Bruno Lawrence, ici acteur principal et co-scénariste), scientifique œuvrant pour la Delenko Corporation, découvre que toute trace de vie a disparu. Personne, strictement personne. Seul survivant comme dans un mauvais rêve, Zac finit par comprendre que cet incroyable événement serait le résultat d’une mystérieuse expérience menée au sein même de son entreprise, le projet «Flashlight». Pourquoi? Comment? Dans quel but?

Condamné à déambuler dans le silence assourdissant d’un monde endormi, Zac, démiurge à la lisière de la démence, peut tout se permettre et donc se prendre pour Dieu, se travestir pour le fun comme tenir des discours débiles sur le balcon d’une maison victorienne devant un parterre improbable de stars et de dictateurs immobiles, en carton. À mi-parcours, deux personnages secondaires débarquent et bouleversent sa solitude nue: Joanna (Alison Routledge), une femme rousse qu’il découvre au gré de rondes en pick-up et qui pourrait bien la dernière femme de sa vie – soit sa dernière histoire d’amour avant l’apocalypse – et Api (Pete Smith), un guerrier maori qui lui dame le pion.

Présenté au Festival d’Avoriaz en 1985, Le dernier survivant est un peu passé sous le radar à sa sortie avant de connaître une reconnaissance tardive, un peu à la manière d’une géniale série B comme Miracle Mile (Steve De Jarnatt, 1988). Comme ce dernier, il traduit l’effroi (l’Armageddon atomique, la Guerre Froide et sa menace nucléaire) avec une réjouissante frivolité. Encore aujourd’hui, ce post-nuke demeure fascinant pour l’incroyable solitude de son protagoniste, pour son angoisse sourde et muette (la peur naît de l’absence totale de contact humain comme d’explication rationnelle et rassurante), pour son humour incongru et aussi le cadre exotique, dépaysant, de la Nouvelle-Zélande. Bien sûr, on pense au classique des classiques, au ciné (Le monde, la chair et le diable de Ranald MacDougall en 1959) comme en littérature (Je suis une légende de Richard Matheson). Mais si ce film-ci se détache du tout-venant, c’est aussi par son économie de moyens, son traitement anti-spectaculaire, son inventivité, consistant à montrer moins pour suggérer plus.

À l’instar d’une série comme The Leftlovers, le pourquoi est moins important que le comment même si on comprend instinctivement qu’une expérience scientifique a mal tourné, que les personnages errants de ce triangle amoureux se révèlent les fruits d’une expérience ayant mal tourné, se retrouvent dans cette dimension parallèle par erreur. Comme plus tard le Jacob de L’échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1991) et le Donnie de Donnie Darko (Richard Kelly, 2001), ils évoluent dans une faille temporelle, un purgatoire entre la vie et la mort. Ce n’est pas anodin si le protagoniste vient de rater son suicide et s’il bascule aussi abruptement dans ce qui ressemble à des limbes. La belle question que pose le film, c’est: une fois que l’on a compris le principe, qu’est-ce que l’on en fait?

Le comédien ciné-génique Bruno Lawrence investit si bien l’espace que la première partie, assez mystérieuse, nourrie d’éclats surréalistes, trempée dans l’absurdité Beckettienne, s’avère plus stimulante que la seconde, assez classique, où les deux autres personnages (et donc deux autres acteurs pas super charismatiques) peuplent sa solitude. À défaut de pouvoir faire une série façon Lost, le réalisateur néo-zélandais Geoff Murphy qui, hélas, attiré par les sirènes Hollywoodiennes, a dilapidé par la suite son talent et sa crédibilité aux commandes de projets disons moins passionnants (Fortress 2), a toutefois l’excellente idée de proposer une conclusion satisfaisante à la fois pour les cartésiens et pour les rêveurs, suffisamment forte pour compenser les quelques scories. Une pure vision de cinéma, d’une poésie folle, dont on ne sait encore si elle tient du songe ou du cauchemar, qui hante longtemps après le visionnage.

4 juin 1986 en salle / 1h 31min / Science fiction, Drame
De Geoff Murphy
Par Bill Baer, Bruno Lawrence
Avec Bruno Lawrence, Alison Routledge, Pete Smith 
Titre original The Quiet Earth

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