[WILD WEST] Plus d’informations sur les futurs projets de la société consacrée à 100 % au genre, en exclusivité pour Chaos

Des publicitaires en baskets blanches agressés à chaque coin de rue, un classique de l’horreur remaké avec une greffe de mains qui part en cacahuètes, un blacksploitation revival transposé dans le monde de la sapologie parisienne… Voilà ce qu’on trouve dans l’agenda bien chargé de Wild West, une structure née des volontés de Vincent Maraval (Wild Bunch International) et de Thierry Lounas (Capricci Films, So Film) de proposer du genre à la française, dans ce pays qui a toujours peiné à sortir du “one shot” ou du “prototype” et qui va enfin tenter de se donner les moyens de ses vénérables ambitions. Alors que les premiers tournages s’enclenchent dans les prochains jours, bilan d’étape avec Thierry Lounas, moitié de cette entité établie à Bordeaux et à Bayonne (c’est-à-dire loin de cette hégémonique capitale qué s’apelorio Paris), qui détaille pour le Chaos quelques-uns des appétissants chantiers en cours.

INTERVIEW: GAUTIER ROOS

On vous en parle depuis un bon moment maintenant: Vincent doit mourir de Stephan Castang, écrit par Mathieu Naert, un projet fraîchement récompensé par la Fondation Gan (voir notre entretien avec le réalisateur) qui ira chercher la synthèse entre le bon vieux cinéma paranoïaque des seventies, le thriller fantastique, et la comédie noire saupoudrée de quelques épices absurdes. Du jour au lendemain, Vincent (Karim Leklou) est agressé par des gens sans raison apparente qui essaient de le tuer. Il tente de poursuivre une vie normale mais lorsque le phénomène s’amplifie, il doit fuir et changer totalement de mode de vie… Ce qui veut dire: se poser des questions autour de son petit milieu protégé (une boîte de pub parisienne qu’on imagine manier la novlangue macroniste avec brio), épargné par la fronde qui sévit chaque week-end sur nos ronds-points.

Thierry Lounas: «Le personnage de Vincent est plutôt content de lui, pas fondamentalement méchant mais légèrement snob, et il ne comprend pas du tout cette violence qui s’exerce sur lui (sa caissière au supermarché qui veut le tuer, son stagiaire qui essaie de l’étrangler…) Il se demande, sonné, un peu comme les Américains en 2001: mais pourquoi on nous en veut tant? Et il va progressivement prendre acte de cette violence qui monte, de cette rupture entre Paris et la province, des Gilets Jaunes, des violences de classe… Vincent doit mourir parle aussi des relations amoureuses aujourd’hui: c’est difficile d’être en couple avec quelqu’un, en l’occurrence Vimala Pons, qui essaye de vous tuer tous les matins…»

De snobisme il sera toujours question avec l’alléchant Dead Man Shoes de Yohann Gloaguen, écrit par Dominique Baumard, qui promet une excursion en des terres peu exposées au cinéma: la fourmillante sapologie nord-parisienne (vous savez, cette déclinaison du dandysme à la sauce congolaise qui veille à faire respecter, en toutes circonstances, les 10 commandements clés de l’élégance). Ça sent d’ici la cravate à motif, la pipe protubérante, les cuivres incisifs de Curtis Mayfield et les règlements de compte nocturnes dans le 18ème arrondissement parisien (terrain de jeu que vous allez beaucoup voir au cinéma dans ces prochains mois, notamment dans le «devrait être prêt pour CannesLa Goutte d’or de Clément Cogitore, featuring là encore Karim Leklou!). Jules, un chauffeur Uber d’origine sénégalaise joué par Jean-Pascal Zadi, travaille à Paris. Une nuit, un homme meurt dans sa voiture. En enfilant les incroyables chaussures en croco du cadavre, il prend son identité et devient alors King, un homme charismatique qui n’a qu’un seul désir: se venger de celui qui l’a tué…

Thierry Lounas: «C’est très lointainement inspiré d’un épisode de la Quatrième dimension (l’épisode 18 de la saison 3 intitulé Les chaussures diaboliques, NDLR). Sauf qu’on sera dans un registre de comédie avec uniquement des comédiens noirs à l’écran. C’est un film qui repose sur une croyance très forte – Jean-Pascal Zadi n’ayant pas vraiment un physique de King – un personnage qui se retrouve catapulté dans un monde des apparences qui n’est pas vraiment son truc, et qui va devoir endosser la personnalité d’un autre. Une sorte de film sur un babtou fragile (!) pas spécialement courageux mais qui, une fois ces chaussures enfilées, va devoir se confronter aux gros bras de coin. C’est une enquête détaillée sur ce monde très ritualisé des sapeurs – un peu à la façon dont Mange tes morts plongeait dans la communauté gitane – en même temps qu’un revenge movie.»

Autre histoire de dépossession et de personnalité multiple avec Les Mains d’Orlac, remake du chef-d’oeuvre de Karl Freund (1935), ici réalisé par Dominique Baumard, avec ce pianiste victime d’un accident qui hérite des mains d’un assassin fraîchement guillotiné.

Thierry Lounas: «C’est plus une nouvelle adaptation du roman de Maurice Renard (1920) que du film d’ailleurs. Melvil Poupaud est venu me voir avec ce projet, qui devait être le dernier film de Raoul Ruiz, et dans lequel Melvil devait tenir le rôle principal. On n’est pas partis du scénario original, on a fait réécrire l’histoire qui est celle, fameuse, d’un pianiste virtuose qui accepte une greffe révolutionnaire après son accident, et qui constate, une fois l’usage de ses mains retrouvé, qu’il a de terribles pulsions meurtrières… Alors qu’il est un artiste de classe mondiale, il se mue en assassin qui a besoin de tuer pour retrouver une espèce de finesse dans son jeu et dans son talent… Être d’un côté Michel Fourniret et de l’autre, le plus grand des pianistes, c’est quand même une alliance improbable! Cette question du talent sera au cœur de ses interrogations: a-t-il vraiment besoin de tuer pour redevenir le grand pianiste qu’il est? Toute cette imagerie autour de ses mains, ça donnera aussi une forte charge érotique au film. On sera aussi dans la tête de son épouse, pour qui l’accident va être source de nombreux questionnements au sein de sa vie amoureuse: ce qu’elle aimait chez lui, c’était d’abord l’homme, ou l’artiste virtuose?»

Wild West va-t-elle initier une ère Tim Burton à la française, nourrie au sein de l’expressionnisme allemand, avec ses ombres difformes, ses couloirs labyrinthiques, ses docteurs Caligari au cuir chevelu incertain complotant dans l’ombre pour notre plus grand malheur? Ce n’est pas vraiment l’intention de la maison, pour qui le genre se conçoit plutôt comme quelque chose qui affleure dans le plus banal des quotidiens: si greffe il y a, ce sera avec notre monde ici-bas, et non pas dans un lointain royaume des cieux imaginaire!

Thierry Lounas: «Un cinéma de l’imaginaire ne peut pas interagir avec le monde de la même manière qu’il y a 20 ans. Une greffe d’organes aujourd’hui, ce n’est pas Edward aux mains d’argent! Je pense que c’est compliqué de faire en 2022 un film de genre qui ne parlerait du monde… Le Covid, la canicule, les attentats, les alertes climatiques, les Gilets Jaunes… Les avancées scientifiques et l’actualité quotidienne sont 1 000 fois plus en avance que le pire film de genre qu’on pouvait imaginer. Les rapports entre l’imaginaire et le réel ont été complètement chamboulés, on ne peut plus du tout figurer l’imaginaire ou le fantasme de la même manière aujourd’hui. Il y a un renversement total des perspectives, l’idée même d’aventure, de fantasme, d’hybridation, tout ça se pose en des termes radicalement différents que ceux posés par les films de genre que j’ai pu voir dans ma jeunesse…»

L’occasion est toute trouvée pour évoquer maintenant Incarnation, film de «science-fiction biologique» réalisé par Mael Le Mée, sorte de prolongement du court Aurore (2017) montré à Clermont et Fantasia. Lou est atteinte d’une malformation de naissance – une cicatrice en forme de X à la place du sexe – qui empêche sa puberté. Elle découvre qu’elle est en chair artificielle. Entre sa mère (India Hair), son père et ses amis, Lou s’acharne malgré tout à devenir une « vraie fille ». En vain. Elle se lance alors dans une exploration joyeuse de son corps et se libère enfin des genres humains…

Thierry Lounas: «On peut dire que c’est un film queer: une jeune fille née en chair artificielle découvre qu’elle n’a pas de sexe, qu’elle est privée de sexualité. C’est un film sur la recherche et la découverte de cette sexualité qui lui manque, au-delà du clivage femmes-hommes, le dépassement de sa propre identité par la quête à la fois d’une nouvelle identité sentimentale et d’une nouvelle identité sexuelle, ce qui ne va pas toujours de pair aujourd’hui. Mais ce sera une quête joyeuse, on ne tombera pas dans le psychodrame plombant. Là encore, on ne jouera pas du tout sur une esthétique SF ou déréalisante: l’idée sera d’inscrire tous ces éléments qui peuvent paraître loin de nous dans un univers très réaliste, dans un monde qui ressemble au nôtre.»

Une thématique proche de FuXion, projet en cours de développement dont nous savons encore très peu de chose (et dont nous lâchons ici les toutes premières informations, Mesdames et Messieurs).

Thierry LounasC’est un jeu pornographique virtuel où les participants enfilent une combinaison pour s’adonner à des jeux sexuels. Ce sexe virtuel est très proche de leur sexualité réelle… C’est évident que dans dix ans les gens auront à choisir entre faire l’amour dans le réel ou faire l’amour via un avatar. Et qu’ils prendront possiblement plus de plaisir via leur avatar… Avatar qui posera évidemment question: sera-t-il fidèle à ce que nous sommes, sera-t-il une version améliorée de nous-mêmes, va-t-il s’inviter dans toutes les sphères de la société? Est-ce qu’on pourra le vérifier, contrôler ses attributs, est-ce qu’il va nous échapper?»

Dans Coeur net, il sera encore et toujours question de fesses, avec une louche d’addiction maladive aux images et de trip voyeuriste cracra façon Body Double: Juliette et Aliénor filent le parfait amour malgré la jalousie maladive de cette dernière. Au sous-sol de leur nouvelle maison, Aliénor découvre une pièce secrète équipée d’écrans de surveillance capables d’observer toute leur maison. Elle commence à épier sa compagne et y multiplie les séjours, cultivant ses suspicions les plus sombres… jusqu’au jour où elle s’enferme par mégarde à l’intérieur…

Thierry Lounas: «On va tenter de réactiver la carte du thriller érotique: quand on y réfléchit, il y a très peu de thrillers érotiques dignes de ce nom (on peut citer Basic Instinct qui est la référence absolue ou Bound). C’est un exercice délicat en fait, c’est difficile de faire de l’érotisme le moteur d’un thriller ou d’une enquête. Dans Coeur net, on sera propulsé dans le mental d’une personne pathologiquement jalouse, confrontée à sa paranoïa et qui se piège elle-même. C’est le récit d’une déchéance physique, et aussi un film qui prend à bras le corps la question du plaisir féminin, un plaisir féminin triangulaire, une question importante aujourd’hui, y compris pour les hommes.»

Dans une veine similaire, 3 cœurs et des canines de Chloé Delaume (film dont le nom emprunte au moins autant à Benoît Jacquot qu’à Alexis Langlois) est une comédie romantique de vampires portant sur la question de l’engagement.

Thierry Lounas: «C’est l’histoire d’un couple qui rencontre un vampire, là encore dans un monde virtuel, dans un jeu. Il se trouve qu’en fait le vampire est bien réel et qu’il est assez partant pour se mettre en trouple. Sauf que quand un vampire – qui dispose d’une vie éternelle – vous fait une telle proposition, il vous demande de vous engager pour la vie… Donc ils vont réfléchir à un nouveau contrat de couple, qui par définition ne pourra pas satisfaire tout le monde. Il va y avoir des négociations, des tractations… C’est Raphaël Quenard, un jeune acteur talentueux (vous l’avez vu récemment dans Mandibules, Vaurien, Les mauvais garçons, NDLR) qui est pressenti pour jouer l’homme du couple qui se pose des questions sur l’engagement, sur le polyamour, sur le fait d’avoir des enfants ou non… Se maquer avec un vampire à vie pose forcément quelques problèmes

Après le cul, la violence et le prométhéisme technologique, place à un autre pilier du cinéma de l’imaginaire: le monde de l’enfance. Les Dessins d’Alexandre de Clément Rière s’inscrit dans une lignée que Thierry Lounas définit comme du «thriller fantastique familial, sous-genre qui traverse les œuvres de Jeff Nichols, M. Night Shyamalan, Steven Spielberg»… De quoi ça cause? Suite à un accident de voiture, la mère d’Alexandre, 10 ans, est plongée dans le coma. Le jeune garçon se découvre un mystérieux pouvoir: tout ce qu’il dessine se réalise. Il met à profit ce don pour réaliser son rêve le plus cher, réunir ses parents. Mais sans le vouloir, Alexandre les enferme dans un véritable cauchemar…

Thierry Lounas: «C’est l’histoire d’un enfant tout puissant qui souhaite à tout prix réunir ses parents, sauf que ces derniers ne veulent pas. Alexandre les confine de force ensemble dans sa maison, il devient tyrannique envers eux et même violent… Les parents vont devoir faire preuve de pédagogie pour expliquer pourquoi des parents peuvent se séparer sans que ce soit un mauvaise chose et que la meilleure option n’est pas forcément de se remettre ensemble. Outre les cinéastes cités, on peut évoquer un univers à la Shining, avec un enfant capable de déchaîner ses pouvoirs, et une atmosphère familiale loin d’être idyllique.»

Une trame quelque peu similaire dans Papier, de Britta Potthoff et Adrien Pavie, l’un des rares films d’époque à figurer dans le line-up de Wild West, qui évoque également de jeunes personnes devant s’inventer une morale face à leur pouvoir. 1944, dans l’Alsace bombardée. Emma, 10 ans, vit entre la bibliothèque familiale et l’usine de son père. Son royaume imaginaire est peuplé de créatures en papier. Le jour où les nazis arrivent, l’univers d’Emma se déchire libérant un monstre de papier noir, terrifiant et dévastateur…

Thierry Lounas: «C’est un film à gros budget – un peu notre Labyrinthe de Pan! – autour de l’ambiguïté d’un père qui, pendant la guerre, va être contraint de négocier, de transiger et de collaborer avec les Allemands. Il va devoir vendre des gens qui lui sont proches. Emma est habitée par un personnage imaginaire qui, à mesure que la guerre et la période s’intensifient, se met à heurter le réel, à exister dans la vraie vie, devenant une créature incontrôlable. Emma va devoir apprendre à contrôler son imaginaire. Comme dans Les dessins d’Alexandre, les démons de l’enfance sont au cœur du film…»

Le Chaos suivra tout ça de très près et vous tiendra informés des nouvelles réjouissances à venir.

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