« Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés » de Rian Johnson : sans déplaisir, sans passion

Désormais déclinée en suites à la demande de Netflix, la formule À couteaux tirés revient ici pour un troisième opus, Wake Up Dead Man. Toujours porté par un casting cinq étoiles (Josh O’Connor, Glenn Close, Mila Kunis…), Rian Johnson plonge cette fois dans une vieille église et dans sa communauté plus que suspecte, théâtre d’un meurtre a priori impossible. Une nouvelle enquête de Benoît Blanc qui amuse toujours, mais qui pourrait bien donner l’impression que le détective commence à s’essouffler.

Wake Up Dead Man, à la manière de ses deux prédécesseurs, reste un divertissement formellement très tenu. Sans être d’une originalité folle, la mise en scène de Johnson conserve une élégance et une efficacité indéniables, aussi ciselées que porteuses d’une énergie entraînante.

Les tableaux plus composés s’enchaînent ici à la manière de vitraux, nimbés d’une lumière au symbolisme rarement subtil, mais outil d’un vernis plaisant visuellement. Le film trouve justement dans la lumière la possibilité de rehausser visuellement des séquences plus attendues, illustrant des rapports de personnages plus concrets, dans leurs croyances notamment.

Bon élève de studio, le long-métrage ne perd pour autant jamais le dynamisme de sa mise en scène, s’autorisant des déraillements bienvenus, ne serait-ce que dans l’étrange, par des élans plus fragiles mais incarnés, vivants.

Là où ce troisième volet disrupte, c’est dans son choix radical d’une introduction d’une quarantaine de minutes exempte de toute présence de l’inspecteur Benoît Blanc. Johnson y prend un malin plaisir à introduire des personnages certes plutôt grossiers dans leur caractérisation, mais prégnants par leurs incarnations, qui leur donnent du corps.

Là où le bât blesse, c’est que le film n’est jamais aussi attachant que dans cette introduction. L’enquête ensuite déroulée est certes agréable à suivre, mais jamais follement impliquante ou ludique, jusqu’à patauger dans sa progression, qui délaisse quantité de personnages jamais très exploités.

La faiblesse majeure de la saga se révèle alors au grand jour : Benoît Blanc. L’enquêteur, pourtant protagoniste, alourdit sévèrement le récit de sa présence creuse émotionnellement, comme rapidement ennuyeuse dans son exubérance prétentieuse.

On eût alors largement aimé voir le récit poursuivre son développement autour d’un Josh O’Connor immensément attachant, dont l’intériorité manque malheureusement au sein d’un duo qui ne sonne jamais très juste. Là est la limite de la saga, cet épisode donnant la sensation de vouloir se détacher de la franchise, être un récit indépendant, sans pouvoir véritablement le faire.

Le long-métrage développe par ailleurs des pistes thématiques passionnantes, par un regard limpide sur les États-Unis contemporains. En mini Eddington un petit peu moins grinçant, Wake Up Dead Man se fait microcosme d’une société où règne l’impossibilité de s’écouter face à des intérêts toujours plus opportunistes. Faux prêtre mais véritable gourou (ou homme politique), le personnage de Josh Brolin ne fait que radicaliser autour de valeurs vides et de récits fabriqués.

Tant par le prisme du religieux que du politique, Rian Johnson s’empare plus que jamais, au-delà des codes du whodunit, de ce qu’ils peuvent signifier en soi, dans un monde contemporain où manipuler les récits détourne des coupables. Difficile de ne pas entrevoir ici un auteur à l’étroit dans les prérogatives d’une saga commençant doucement à montrer ses limites. Reste que Wake Up Dead Man demeure un divertissement honnête et riche politiquement, sans doute le plus convaincant de la trilogie jusqu’ici. Affaire à suivre donc.

12 décembre 2025 sur Netflix | 2h 24min | Comédie, Policier
De Rian Johnson | Par Rian Johnson
Avec Daniel Craig, Josh O’Connor, Cailee Spaeny
Titre original Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery

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