Le premier long métrage du grand Paul, donnant déjà dans la comédie horrifique dégingandée: un film de voyeur, de motel, de poupées gonflables (et de “pièce à ne SURTOUT PAS OUVRIR”) comme on les aime.

Virée par sa coloc – qui lui tire les cheveux et lui fout des gnons dès la première scène du film – la petite Cheryl est bien décidée à ne pas regagner son Ohio natal. Telle Elizabeth Berkley plus tard dans Showgirls (1995), c’est à Los Angeles qu’elle mènera la fast life. Valise en mains, elle trouve refuge chez sa tante Martha, qui tient un hôtel mal famé au sud de la ville. Moyennant ses services, elle pourra rester, du moins provisoirement, dans les lieux… Et trouver derrière chaque porte une palanquée de freaks exubérants pas loin de porter l’estampille grindhouse: un pasteur grimaçant qui dragouille les petits jeunes, un photographe freluquet au physique nécessairement inquiétant (imaginez un Yann Moix fraîchement permanenté), une ancienne propriétaire des lieux ayant vrillé dans la folie… Oh, il y a aussi là, dans un coin, ce qu’on n’appelle pas encore un serial-killer, qui achève ses victimes à coup de machette dans la nuque.

Sur cet argument aussi mince que délicieux, Paul Bartel brode un conte horrifique pas loin de poser les bases du slasher, dont l’acte de naissance officiel n’arrive que deux ans plus tard sous la double impulsion de Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) et Bob Clark (Black Christmas). Pas loin non plus, l’esprit camp du Crocodile de la Mort (1976), autre film de motel dégénéré traumatisé par la double ascendance de Psycho et du Voyeur (1960). Pour continuer avec les filiations faciles mais difficilement contournables, citons le proche rejeton John Waters, ambassadeur du mauvais goût qui partage bien des choses avec Bartel, chez qui le grotesque n’est pas ce petit ingrédient décoratif que temps de cinéastes emploient aujourd’hui à peu de frais, mais un véritable programme esthétique.

On se pose exactement la même question que vous: pourquoi diable n’a-t-on pas vu ce machin-là plus tôt!? Où est donc l’éditeur français qui nous permettra de le voir dans des conditions décentes? Sans monter en épingle la fameuse «pépite que personne ne connaît» (et qui s’avère une fois sur deux décevante), ce génial exercice de style mérite mieux qu’un bref alinéa sur Wikipédia. C’est Gene Corman – frère de Roger qui n’eut pas droit à la même consécration que ce dernier (le maître du B-movie que personne n’a vu, c’est assurément lui) – qui mettra Bartel sur le projet après avoir vu ses courts. Pour le reste, on ne sait pas grand-chose de la production du film, dont le flop retentissant embarrassa pas mal la MGM. Il faut dire que le film est difficile à cerner: tantôt Tante Martha joue les protectrices de sa nièce adorée, tantôt elle semble ne pas la connaître (!), tantôt elle la traite de délurée cueillie par le vice et lui impose un contrôle du corps que l’on qualifiera de victorien. Tous les personnages ont un rapport problématique avec le sexe (dégoût, obsession, surenchère qui vire à la vantardise, conflit tortueux avec l’âme, substitution morbide avec de flippantes poupées gonflées d’eau)… Vous apprécierez sans doute l’absolue liberté de moeurs de notre héroïne Cheryl, qui s’initie hardiment à la chose en observant autant qu’en étant observée, et qui semble avoir une perception approximative du danger qui rôde (en pleine révolution sexuelle, son physique de top model provoque bien des remous dans la maisonnée).

C’est Alice au pays des merveilles en version soft-core, c’est Suspiria revu et corrigé par une narration brut de décoffrage façon Michael Winner (on pourrait parler d’un prequel sleazy de La Sentinelle de Maudits). On pourrait surtout comme ça multiplier les renvois d’ascenseur cinéphiliques pendant des heures. On préfère vous souhaiter bon courage en tentant d’attraper un lien digne de ce nom (les sites de streaming russes sous-titrés en espagnol sont en général assez friands de ce genre de produits) et on vous invite à vous refaire la filmo de ce génie chaos qu’était Bartel: vous pouvez désormais adjoindre ce fleuron du (mauvais) genre aux sommités déjà bien établies que sont Death Race 2000, Cannonball et Eating Raoul.

Réalisation: Paul Bartel
Production: Gene Corman
Scénario: Philip Kearney, Les Rendelstein et Paul Bartel
Avec: Ayn Ruymen, Lucille Benson, John Ventantonio…
Musique: Hugo Friedhofer
Photo: Andrew Davis
Montage: Martin Tubor
Prod: Metro-Goldwyn-Mayer & Penelope Productions
Distrib: Premier Pictures
Date: 1972
Durée: 86 minutes
Pays: USA

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