[CRITIQUE] LA FEMME À LA FENÊTRE de Joe Wright

Je stalke, tu stalkes, elle stalke… Au bout du rouleau, une psychologue incarnée Amy Adams (garantie sans make-up) se barricade dans sa belle baraque feutrée pour échapper à l’extérieur, son agoraphobie la tenant même à distance de sa propre famille. Elle fait la rencontre de ses nouveaux voisins, une famille aimable en surface, fissurée à l’intérieur: le père (Gary Oldman en boomer méchant) semble terroriser mère et fils, qui viennent d’ailleurs faire une visite de courtoisie à la jeune femme. À force de regarder des Hitchcock toute la journée (Fenêtre sur Cour et La maison du Docteur Edwards en fond: original, non?), elle ne peut s’empêcher de les espionner lorsqu’elle entend un cri suspect, et ça ne loupe pas, ça charcle la voisine de l’autre côté de la rue. Mais après la venue de la police, la famille d’a côté se représente à nouveau à elle, plutôt vindicative: surprise, Julianne Moore, la maman coolos bijou-bijoux s’est changée en Jennifer Jason Leigh à frange. On a peur.

Souvenez-vous de l’ère du thriller hollywoodien peuplée de veuve noir sexy, de babysitters méchantes et de coloc psychopathe. Eh bien, The Woman in the Window se roule dedans comme si hier n’avait jamais existé. Étonnant donc d’y voir Joe Wright à la barre d’un tel exercice, lui qui s’est acoquiné jusqu’ici avec des projets un poil plus ambitieux (même s’il n’a jamais fait mieux que son très beau Reviens-moi). Mais bon, on a tous besoin de s’amuser face à une actualité atroce. Sur ce point, The woman in… a hélas raté le coche: débarqué au moment du rachat Disney/Fox, avec quelques reshoots à la clef (dans l’espoir de rendre le film plus compréhensible – forcing, où-es tu?), le film se retrouve catapulté sur Netflix, comme son camarade The Empty Man de David Prior le fut sur Disney+.

Forcément, on s’attend à un grand accidenté de la route, avec des coutures qui craquent partout et du chaos sur les bords. Légère anomalie, oui, mais qui ne prétend pas à être autre chose qu’un thriller domestique nouvelle génération. Soit un bel enfilage de chaussons à l’horizon. Reste, il faut l’avouer, que la touche Wright apporte une certaine différence. Ici, on ne craint pas les couleurs qui tapent, les jeux d’ombres et les cadres tarabiscotés. Au temps des thrillers couleur sopalin, l’oeil est indéniablement flatté. Puis, doucement, on s’embarque pour du «psychothic women movie» aka le «je ne suis pas folle, vous savez» avec ce qu’il faut de rebondissements (prévisibles ou pas selon votre habitude au genre) pour mener la barque. Le parallèle avec le thriller des années 90 ne pouvait se passer d’un final de film d’horreur over the top, bref mais joyeusement intense, aussi idiot soit-il. On regrette toutefois que notre Jennifer Jason Leigh chérie soit punie à faire de la figuration, engueulant sa voisine stalkeuse d’Amy Adams à distance, alors que vingt ans plus tôt, un autre réal l’aurait probablement foutu derrière les rideaux avec un couteau (cf. JF partagerait appartement). J.M.

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14 mai 2021 sur Netflix / 1h 40min / Thriller Réalisation : Joe Wright Scénario : Tracy Letts, A. J. Finn Avec Amy Adams, Anthony Mackie, Fred Hechinger Titre original The Woman in the Window[CRITIQUE] LA FEMME À LA FENÊTRE de Joe Wright