« Please baby please » de Amanda Kramer: du John Waters pris en sandwich par Kenneth Anger et James Bidgood

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Tissant depuis quelques années un univers bizarro comme on les aime à travers divers courts-métrages, Amanda Kramer a étanché sa soif de long plutôt deux fois qu’une. En peu de temps, elle a enchaîné Give Me Pity (qu’on aimerait bien voir, of course) et ce Please Baby Please, débarquant l’air de rien sur Mubi. Et Amanda, on le sent, va compter tant elle fait partie de ces auteurs out of nowhere qui ont su fabriquer leur univers bien à eux avec trois fois rien. Dans le cas présent, dear Amanda pose peu élégamment le poing sur la table pour nous offrir du Camp en intraveineuse comme si demain n’existait pas.

Lumière rose et bleue, décors de misère, personnages de cartoon: Please Baby Please, c’est Cry Baby de John Waters, pris en sandwich par Kenneth Anger et James Bidgood, c’est Douglas Sirk se faisant claquer le fessier par Tom of Finland. Visez un peu: un couple improbable, Suze et Arthur, assiste à un meurtre perpétré par une bande de loubards durant une nuit brumeuse. La violence du spectacle, l’odeur du sang et des blousons en cuir, les regards acérés des voyous… Tout provoque chez eux un trouble infini qui n’en finira pas de bousculer leur couple déjà brinquebalant. Suze (Andréa Riseborough) est une chienne enragée, véritable choucroute mordante sur pied, qui aime à se prélasser dans le linge poudré de sa voisine du dessus, une femme mystérieuse et glamour à mort (Demi Moore!) qui attend perpétuellement son homme; Arthur (Harry Melling) est un homme précieux, pétochard et sensible, assez peu indifférent au charme du plus voyou des voyous (Karl Glusman).

Déroulant le tapis à des années 50 fantasmagoriques, Amanda Kramer y perçoit le monde comme un gigantesque cabaret homosexuel, où tout le monde gigote, grimace et roule des mécaniques, et où les notions de masculin et de féminin ont définitivement fini au vide-ordure. Du Broadway underground hanté de vamps fardées, de drag-queens malheureuses, de vilaines sissies, de butch ordurières, de Peggy Sue abîmées et de marlous sexy. Un grand n’importe quoi où les langues claquent comme des fouets et les genres se défont comme des lacets. Le budget, manifestement rachitique, freine clairement l’ambition générale du projet, qui trouve ses limites tout en restant savoureux à chaque instant: l’énergie qui irrigue cette cour de récré queer semble tout entière gobée par Andrea Riseborough, cassant définitivement son image de madeleine éthérée pour se révéler telle qu’on l’attendait: FOLLE. Welcome to the chaos, Amanda! J.M.

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