« Infinity pool » de Brandon Cronenberg: une dystopie aussi inclassable que lénifiante

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T’as bu la tasse tchin-tchin. On voudrait, souhaiterait, prierait, pour que ce cher Brandon Cronenberg puisse enfin se trouver, loin des phasmes de papa David. Antiviral passait encore, Possessor beaucoup moins. Laissant derrière lui une traînée de réputation chic-choc (dont on a préféré se méfier comme de la peste), Infinity Pool laissait espérer d’une prise de conscience, d’un vague retournement de veste… pour mieux confirmer que le problème est vraiment ailleurs.

Il serait dommage de vous révéler tous les tenants et les aboutissants de ce bidule assez inclassable, assez surprenant et captivant dans sa première partie: Alexander Skarsgård (toujours un savon sur pied, ça ne change pas) y incarne un écrivain étouffé par l’angoisse de la page blanche, passant avec sa femme quelques jours à l’ombre d’un village de vacances. Le couple en rencontre un autre, un poil plus excentrique, incarné par Mia Goth et Jalil Lesper (WARUM???). On pourrait vous présenter la rencontre comme un simili Comfort of Strangers, ce film incroyable de Paul Schrader où un couple en crise découvrait une Venise de rêve et de cauchemar au contact d’un autre couple plus âgé. La différence, c’est que Infinity Pool se déroule dans une dystopie étrange, et qui plus est dans un pays aux lois particulièrement implacables. Comme Crimes of the Future qui se déroulait dans une Grèce fantôme qui ne disait pas son nom, ici ça tourne en Croatie, où le paradis perdu cache évidemment un bien drôle d’enfer.

Passé son twist, où est évoquée l’utilisation inattendue du clonage, Infinity Pool s’enfonce dans une provoc vas-y-la-que-je-te-pousse, comme si Cronenberg fils, tentant coûte que coûte de se défaire de l’étreinte paternelle, s’en allait brasser d’autres films: un peu de Clockwork Orange, un peu de Funny Games, un peu de Yorgos Lanthimos, un peu de Buñuel, de Lynch… Ce serait réjouissant, d’autant qu’on y tire sur la satanée ultra permissivité envers les ultra-riches, si le résultat n’était pas aussi lénifiant, traversé de séquences psyché façon NWR du pauvre (Possessor en usait déjà plus que de coutumes), laissant son spectateur à distance d’une tragédie bizarroïde pourtant très prometteuse sur le papier. On gardera en mémoire une Mia Goth totalement déchaînée en dingo mutine, retrouvant au passage son accent anglais à couper au couteau, et semblant parfois jouer dans un autre film que celui qui se déroule devant nos yeux. Avec un art du décalage quasi-camp, entre glam et perversion, c’est bien elle qui nous tient à peu près éveillé. J.M.

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