Out of the blue, également connu sous le titre Garçonne, est la troisième réalisation de Dennis Hopper après Easy Rider (1969) et The Last Movie (1971). Il marque le retour de l’acteur-réalisateur après presque 10 ans d’absence. Film punk, véritable concentré de «no future», porté par Linda Manz en ado rebelle.
Après Easy Rider et surtout après The Last Movie (son film-suicide), Dennis Hopper met un certain temps avant de rebondir, par hasard, avec Out Of The blue qu’il a totalement réécrit en faisant de l’héroïne une punk (le film s’intitule «Garçonne» en français). Dennis Hopper, qui est à la fois devant et derrière la caméra, a toujours pensé que son personnage de père dans Out of the blue représentait une projection de ce que serait devenu celui d’Easy Rider s’il avait continué à vivre. Ce film désenchanté, dont le titre vient d’un morceau de Neil Young intitulé Hey hey my my en hommage à Johnny Rotten, évoque en apparence les cinémas existentiels de Bob Rafelson et de Jerry Schatzberg. En profondeur, il ne ressemble qu’à son auteur, fantôme revenu d’entre-les-morts des années après le fiasco commercial – et non pas artistique – de The Last Movie. Cette salve percutante qui s’intéresse aux marginaux américains ausculte avec une caméra scalpel le cimetière des rêves brisés. Une famille: un père routier alcoolo (Dennis Hopper, dans une mise à nu sidérante d’audace) qui a zigouillé un bus scolaire avec son semi-remorque; une mère (Sharon Farrell), serveuse dans un snack qui se shoote à l’héroïne, et une fille (Linda Manz), punkette méprisant la morale et l’autorité. Les trois membres de cette famille essayent plus ou moins de se fondre dans l’American way of life mais les tentatives sont vaines, systématiquement vouées à l’échec. Par exemple, pour remonter la pente, le père trouve un job à la décharge publique mais il se fait virer au bout d’une semaine. Hopper suggère sa déchéance en le filmant dans la décharge, comme un écho au Guet-apens, de Sam Peckinpah.
Dans Out of the blue, il est question d’autodestruction morale et physique, avec des blessures à vif et des traumas dont on ne se sépare pas. Le film parle de punk mais il est punk par essence: le parcours de Dennis Hopper montre que rien n’est chiqué et le propos, nihiliste, allergique à la sensibilité, gerbe la concession. Ce film cherche à allumer la mèche pour faire exploser le bâton de dynamite, de manière encore plus probante que Ken Loach sur Kes ou Family Life. Avec le temps, les répercussions de Out of the blue (hélas assez peu vu) n’ont pas été aussi puissantes que ce que l’on aurait pu croire. Ce qui a sans doute déprimé son auteur. Le film est également important pour l’actrice Linda Manz, fracassante révélation, coincée dans un espace-temps entre la fille des Moissons du ciel, de Terrence Malick, qu’elle a été et qu’elle n’est plus ; et, la maman dans Gummo, de Harmony Korine, qu’elle n’a pas envie de devenir. Avec le recul, elle symbolise ce vide, cette angoisse du néant dans le cinéma indépendant US et qui se répercute depuis sous différentes formes. Jack Nicholson a pourtant soutenu Out of the blue à sa sortie et Sean Penn fut tellement impressionné par le résultat qu’il a demandé à travailler avec Hopper. Ce sera Colors, des années plus tard.



