OFFSCREEN FILM FESTIVAL 2022 / Jour 2: « Ebola Syndrome », « The Cat »…

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Notre envoyé spécial Alan Deprez est l’émissaire du Chaos pour cette édition 2022 du Offscreen. Il nous livre ses impressions sur les œuvres projetées dans ce festival cher à son cœur (meurtri). Jour 2: l’art de la démesure made in Hong Kong (Ebola Syndrome, The Cat).

Hier soir, c’était comme si le public était venu chercher son shoot de mauvais esprit et de dinguerie labellisés HK. C’est indéniable que par les temps qui courent, Ebola Syndrome et The Cat sont on ne peut plus anachroniques, puisqu’ils se complaisent dans les blagues douteuses et les outrages variés : les remarques racistes parsèment les dialogues (dans Ebola…, tout le monde en prend pour son grade), les actrices sont dénudées pour un rien (une quasi constante de la Category III), le gore et la violence s’affichent sans complexe (même si The Cat recouvre le tout d’un glaçage de candeur et de loufoquerie). La coupe est pleine et elle déborderait depuis longtemps si on donnait à voir ces longs-métrages aux jeunes générations, biberonnées au wokisme et à la bien-pensance.

Les kids seraient offensés au dernier degré et s’empresseraient de vouloir les cancel. C’est ce que me faisait remarquer mon ami Julien Jauniaux au bar du Cinéma Nova. Il est clair qu’aucun trigger warning ne serait à même de les préparer aux débordements d’Ebola Syndrome… et c’est tant mieux ! Soyons encore plus clair : l’auteur de ces lignes est farouchement opposé à toute forme d’invisibilisation culturelle et aux jugements hâtifs des petits tribunaux du Web 2.0, préférant privilégier la remise en contexte par des informations pertinentes et les avis nuancés (rien de pire que de voir la vie en noir ou blanc). Fuck the cancel culture, donc.

Quoi qu’il en soit, les deux séances étaient combles et celle de The Cat a même été retardée pour laisser entrer un maximum de monde. Il n’y avait plus un seul ticket de disponible et il se dit que certain(e)s sont restés sur le carreau, abandonné(e)s à leur désespoir au milieu de la rue Arenberg.

Le one-man-show d’Anthony Wong
Projeté dans un nouveau master 2K flambant neuf – fourni par Spectrum Films, qui le sortira bientôt en Blu-ray -, le furieux Ebola Syndrome (Yi boh lai beng duk, 1996) a suscité l’adhésion des spectateurs. Il faut dire que le public, taquin et chahuteur, était plus que chauffé à blanc dès le début de la séance et que l’énergie contagieuse du bébé d’Herman Yau, l’homme derrière The Untold Story (1993) – programmé plus tard durant ce Offscreen – l’a conquis. Ebola Syndrome est sans conteste un des fleurons de la Category III et offre un condensé de ce que cette classification en vigueur à Hong Kong pouvait offrir de plus incisif ou outrancier: sévices divers, dont on distingue presque tout (les effets spéciaux, parfois rudimentaires, ne lésinent pas sur le gore et les plans serrés), langage ordurier, nudité crapuleuse (la craquante Miu-Ying Chan, une des dernières victimes de Kai, est loin d’être la seule à se désaper) et roublardise à tous les étages. Passé maître dans l’art pas très délicat de la filouterie, Yau se permet tout: on a l’impression que les tabous et les barrières morales glissent sur lui comme un patineur sur de la glace couverte de vaseline.

La prestation hallucinée et fiévreuse d’Anthony Wong (Time and Tide) est au diapason. Dans le rôle de Kai, il est aussi repoussant que malintentionné. Son personnage suinte l’abjection par tous les pores. Le meurtre et le viol lui semblent très naturels ; chaque nouvelle séquence abonde d’ailleurs dans ce sens et pousse le curseur du vice toujours plus loin. Rappelons que Kai est à l’origine de l’épidémie d’Ebola au cœur du film. Il a contracté le virus, dont il est devenu porteur sain, après avoir violé une pauvre Sud-africaine agonisante en pleine savane… On ne peut que rester bouche bée devant un tel spectacle. Une dernière réflexion pour la route: Anthony Wong ne serait-il pas le corps et la personnalité qui extériorisent le mieux la folie de certaines péloches Cat. III? Que vous soyez d’accord ou pas avec cette assertion, c’était grandiose de redécouvrir Ebola Syndrome sur grand écran.

Chat nous en bouche un coin
De folie, il en était aussi question dans le The Cat (Lo Mau, 1992) de Ngai Choi Lam – parfois nommé Nai-Tsai Lan -, mais sur un ton plus léger et presque burlesque. Il s’agit du dernier film pour lequel le réa. du cultissime Story of Ricky (Lik Wong, 1991) est crédité et il succédait d’ailleurs aux aventures comico-goreuses du puncheur en milieu carcéral. Avec The Cat, on peut dire que Ngai Choi Lam met un point final à son Œuvre de la plus belle des façons, avec un long-métrage à son image : généreux et foutraque. Alors, peu importe que le scénario soit incompréhensible.

On sait juste que l’on suit un trio d’extraterrestres qui cherchent à rentrer sur leur planète. Parmi eux, un des aliens à forme humaine prend les traits de la mignonne Gloria Yip (Princess, qui n’aime rien tant que se laisser emporter par des élans de joie et léviter dans les nuages!). Elle est accompagnée d’un beau chat noir aux pouvoirs magiques (le The Cat en titre). Le félin nous vaut la majorité des moments de bravoure, les autres étant dévolus à une énorme créature en latex très hentai dans l’esprit et qui absorbe les gens à la manière du Blob. Pour le plaisir, citons la meilleure séquence du film: l’affrontement dantesque entre le chat et un chien massif emprunté par la police (son maître est croquignolet) dans une casse automobile.

The Cat est devenu très rare à dénicher dans une copie acceptable, mais croyez-moi, si vous y parvenez, vous n’êtes pas prêts pour découvrir ce qui va se dérouler sous vos yeux. D’aucuns utiliseraient volontiers l’affreux terme de «nanar» pour qualifier le film, mais ceux-là mériteraient les pires châtiments corporels. Respectons The Cat pour ce qu’il est: un long-métrage sincère, foufou et truffé d’idées dinguos. On ne s’ennuie pas une minute et l’expérience vire à la régalade. A.D.

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