OFFSCREEN FILM FESTIVAL : Le Chaos fait le bilan de cette édition 2022

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Notre envoyé spécial Alan Deprez était l’émissaire du Chaos pour cette édition 2022 du Offscreen. Il nous livre ses impressions sur les œuvres projetées dans ce festival cher à son cœur (meurtri). Jour 12 (le film de clôture Silent Night) et son top/flop.

En ce dimanche 27 mars, le Offscreen baissait le rideau dans la joie et l’allégresse, à grande rasade de bières belges, de maté ou de limonades bios – pour les plus ennuyeux – servis au bar du Nova. Une fois de plus, cette édition 2022 a été fidèle à la ligne directrice du festival: des rétrospectives pointues et des œuvres plus récentes, qui ne le sont pas moins. À l’image de son lointain cousin Extrême Cinéma (Toulouse), le Offscreen est un événement «décloisonnant»: chez eux, pas de distinction entre les films bis et d’auteur, pour autant que leur singularité ou leur bizarrerie les démarque du tout-venant. La curiosité est le maître-mot et c’est tant mieux. Vivement l’an prochain!

Juste la fin du monde
On n’attendait pas grand-chose du film de clôture Silent Night. Mal nous en a pris. Le premier long-métrage de Camille Griffin (elle s’était fait la main sur plusieurs courts) nous a cueillis par surprise. Son casting rutilant (Keira Knightley, Lily-Rose Depp, Matthew Goode, etc.) nous avait sans doute trompés sur la marchandise. Parmi cette constellation de stars, on retrouve le môme Roman Griffin Davis, propre fils de la réalisatrice et Jojo du Jojo Rabbit (2019) de Taika Waititi.

Malgré son jeune âge (il fait moins que ses 15 ans), il confère à Silent Night le soupçon de nuance et de complexité qui aurait pu lui faire défaut. En portant une bonne part des thématiques brûlantes du film, il lui permet d’avoir de l’intérêt, en résonnant curieusement par rapport au triste quotidien qui a été le nôtre durant deux ans et cette fichue crise sanitaire.

Pourtant, Silent Night aurait été pensé et écrit avant l’émergence des vaccins anti-COVID-19, des débats qui les ont entourés et du brouhaha qui a suivi. Souvenons-nous, sans nostalgie aucune, de la caisse de résonance jouée par les réseaux sociaux, des esprits qui s’échauffent et des discussions de bar-tabac.

Bien loin de tout cela, le long-métrage de Camille Griffin est plus fin et intelligent qu’il n’en a l’air. Ses premières minutes, typées comédie de Noël, font craindre le pire, mais c’est pour mieux avancer masqué et dériver ensuite vers quelque chose de beaucoup plus insidieux.

La bluette «nativitale» se transforme en petit théâtre des mesquineries du quotidien (nous sommes témoins des piques et coups bas échangés entre les membres d’une famille disparate), puis en récit désespéré des dernières heures de l’humanité. Un mystérieux nuage toxique décime l’ensemble de la population, tandis que les gouvernements préconisent au peuple d’avaler une pilule – fournie par leurs soins – pour abréger leurs souffrances et s’assurer d’une mort sans douleur… Silent Night pousse le spectateur à la réflexion et c’est là sa plus grande qualité.

TOP/FLOP du Offscreen 2022

Commençons par le top 10 des œuvres qui nous ont tapé dans l’œil :

  • 1) Spring (Justin Benson et Aaron Moorhead, 2014)
  • 2) Flux Gourmet (Peter Strickland, 2022)
  • 3) Mad God (Phil Tippett, 2021)
  • 4) Blue Sunshine (Jeff Lieberman, 1977)
  • 5) Ex aequo : Re-Animator (Stuart Gordon, 1985) et Dagon (Stuart Gordon, 2001).

Un film culte par excellence, diffusé en version intégrale et dans une belle copie 35 mm VS une œuvre qu’il est urgent de réévaluer (on n’en parle pas assez lorsqu’on traite des adaptations de Lovecraft).

Sa fureur et ses outrances sont encore plus ravageuses sur grand écran.

Le (re)voir sur le big screen ne laisse pas indemne…

Il faut le voir pour le croire.

Cette année, les films d’ouverture et de clôture étaient de qualité.

Place maintenant aux deux titres qui nous ont déçus :

Le gros flop : Masking Threshold (Johannes Grenzfurthner, 2021)
Radical et courageux dans sa démarche (c’est à souligner), Masking Threshold adopte une forme austère, proche du cinéma expérimental, mais la sauce ne prend jamais. L’œuvre de Grenzfurthner – au demeurant fort sympathique – n’est presque composée que de plans serrés ou macros et on ne voit jamais le visage du personnage principal, qui débite constamment une voix off monocorde… Un «voyage au bout de l’ennui» (mon ami Damien Marchal en ronfle encore).

Le petit flop : Bull (Paul Andrew Williams, 2021)
Un film de vengeance assez balisé et prévisible dans son déroulement. On en a trop fait autour de Bull pour son propre bien, y compris dans une certaine presse spécialisée. Et l’argument fantastique esquissé dans le dernier tiers du long-métrage tombe comme un cheveu sur la soupe. Par contre, la performance de l’excellent Neil Maskell (Kill List) est comme toujours impeccable. Et dire qu’il est devenu anversois d’adoption… Personne n’est parfait. A.D.

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