OFFSCREEN FILM FESTIVAL 2022 / Jour 5: « Broadcast Signal Intrusion », « Man Behind The Sun »

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Notre envoyé spécial Alan Deprez est l’émissaire du Chaos pour cette édition 2022 du Offscreen. Il nous livre ses impressions sur les œuvres projetées dans ce festival cher à son cœur (meurtri). Jour 5: piratage cathodique et abominations sur fond de vérité historique (Broadcast Signal Intrusion, Man Behind The Sun).

De prime abord, cette 5ᵉ journée du Offscreen pouvait sembler moins évidente. L’auteur de ces lignes a donc choisi de réaliser un grand écart à la JCVD. Non pas entre deux chaises, mais en passant d’une séance Offscreening aux relents complotistes (Broadcast Signal Intrusion, 2021) à une des œuvres de Category III les plus sulfureuses (Man Behind The Sun, 1988).

Plus fort que QAnon ?
Déceptif, le Broadcast Signal Intrusion de Jacob Gentry (la sensation indé The Signal, 2007) donne l’impression qu’il ne va pas au bout de ses idées. Les enjeux au cœur du scénario sont plus terre à terre qu’escompté, alors qu’on aurait aimé se plonger dans un complot aux ramifications tentaculaires et à la portée presque métaphysique. Le bellâtre Harry Shum Jr. (un des visages de la romcom Crazy Rich Asians – plutôt crever que de mater cela… -) adopte un jeu trop neutre et n’a certainement pas la carrure pour porter le film sur ses épaules. Il est dès lors ardu de se raccrocher à son interprétation et de s’identifier à son personnage de vidéaste en quête de vérité.

Fort heureusement, les «vidéos d’intrusion du signal cathodique» sont très réussies et rattrapent en partie le coup. D’une bonne tenue formelle, elles sont crédibles d’un point de vue visuel et dans le contexte du film. Empreintes d’une inquiétante étrangeté, elles filent la chair de poule (le masque du/des protagoniste(s) de celles-ci renforce le sentiment de malaise) et atteignent leur objectif : placer le spectateur dans une position inconfortable. Bien évidemment, le charme des régimes d’images typiques des VHS et des cassettes BETA marche à plein régime, avec leur rendu si particulier et imprécis que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. C’est fâcheux que le reste du long-métrage ne soit pas du même niveau, mais il mérite peut-être une seconde vision hors du cadre festivalier pour en avoir le cœur net.

Atrocités de la guerre
La séance tardive du dimanche soir n’était assurément pas pour les petites natures. Connu de beaucoup sous le nom de Camp 731, le Man Behind The Sun (Hei tai yang 731) de Tun-Fei Mou ne fait pas dans la dentelle (Tun-Fei ne fait donc pas dans le Mou… pardonnez-moi-NDR). Il se base sur les atrocités commises sur les prisonniers du Camp 731 entre 1932 et 1945. Sous le commandement de Shirō Ishii, l’Unité 731 menait diverses opérations contre-nature sur des cobayes humains, en vue de créer des armes bactériologiques et d’aboutir à des trouvailles scientifiques à même de faire basculer le conflit en faveur de l’armée impériale japonaise.

Ouvertement racoleur, Man Behind The Sun ne nous cache rien et Tun-Fei Mou se complaît dans la représentation d’actes barbares: expérimentations sur les bactéries et les maladies, sur le froid extrême, la pression pratiquée sur le corps, etc. Il s’agit ni plus ni moins que d’une des péloches de Cat. III qui dépassent le plus les limites du montrable, au fil de séquences qui enluminent le mot abjection. Infamant, repoussant, Camp 731 est parfaitement résumé par la célèbre séquence du pauvre chat livré en pâture à des dizaines de rats voraces. Elle a visiblement été réalisée sans trucages, bien que Tun-Fei Mou ait toujours soutenu que son équipe avait fait appel à des effets spéciaux et qu’après le tournage de ladite scène, ils avaient donné une douche au félin et qu’il se portait comme un charme! Le pire de tout, c’est que le film se construit à partir de faits historiques avérés – longtemps occultés par l’Histoire officielle enseignée au Japon -, mais qu’il est peut-être encore loin de la vérité… A.D.

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