Adieu Kenneth Anger (1927-2023)

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L’amour des mauvais garçons, le Hollywood Babylone, les transes alchimiques, le cinéma muet… Les collages-fantasmes de Kenneth Anger n’ont jamais cessé d’inspirer et de titiller. Le maître sorcier s’est endormi dans son sarcophage: Kenneth Anger s’est éteint à l’âge de 96 ans.

Au cours de la seule et unique édition du festival du film maudit de Biarritz, arrive un certain Fireworks. Nous sommes en 1950 et il s’agit peut-être de l’objet le plus violemment sexuel et le plus sexuellement violent jamais filmé alors. L’extase et la mort d’un garçon entre les bras de vilains marins, un feu d’artifice dans le ventre et dans le slip, sang et sueur. Jean Cocteau, fan, ne s’était pas trompé. Derrière et devant l’objectif se cache Kenneth Anger, qui aurait eu 17 ans (si on l’écoute) lors du tournage. S’ensuivra un chemin de paillettes mal fagotées pour le jeune homme, multipliant les courts osés, fracassés, inachevés (dont une adaptation perdue d’Histoire d’O ou un Chant de Maldoror fantoche…). Quand il ne joue pas à la langue de pute dans les très fameux Hollywood Babylone, tartines de scandale de l’âge d’or, il crapahute chez les sataniques et tourne quand il peut. Rêve de fontaine (Eaux d’artifices), ballade de Pierrot lunaire (Rabbit’s Moon), ode aux mauvais garçons de cuir (Scorpio Rising), festivités et divinités d’un autre temps (Inauguration of the pleasure dome), séance de tuning saveur marshmallow (Kustom Kar Kommandos), amour du cinéma muet, de ses actrices et de leur garde-robe (Puce Moment), invocation occulte sous LSD (Lucifer Rising et Invocation of my Demon Brother)…

Chaque court de Anger fait l’effet d’une cérémonie secrète: paroles et dramaturgie au bûcher, on est là pour le songe et pour le sortilège. Hormis quelques rares occasions anecdotiques, Anger ne retouchera plus vraiment une caméra comme avant, amplifiant le mystère et la préciosité de son œuvre. Etienne Daho, Lady Gaga, Bertrand Mandico, Death in Vegas, Nicolas Winding Refn, Gaspar Noé, Amanda Kramer, Martin Scorsese, David Lynch, Scissor Sisters, Frankie goes to Hollywood… Tou(te)s se sont inspirés de son travail souterrain et magique, preuve que les collages-fantasmes du californien n’ont cessé d’inspirer et de titiller jusqu’à aujourd’hui. J.M.

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