Dans Les échos du passé, second long de Mascha Schilinski (dont on n’a pas vu le coup d’essai Die Katze en 2015), la réalisatrice allemande déploie une ambition démente : faire le portrait en près de 2 heures et demie de quatre générations de femmes, toutes reliées par un seul et même lieu qu’on ne quittera jamais : un corps de ferme. Le film s’ouvre sur la petite Alma (Hanna Heckt) découvrant, au début des années 1900, les rites funéraires écrasés par les non-dits et suit la longue lignée de ses descendantes jusqu’à Lenka (Laeni Geiseler), ado partageant des AirPods avec une taciturne voisine. Entre ces deux époques se déplie une imposante cartographie de brimades et d’oppressions qui s’abattent sur les femmes, parfois tentées d’en finir pour échapper au droit de cuissage ou à l’horizon d’un asservissement perpétuel.
Des années 1910 aux années 2010, c’est toute l’histoire allemande contemporaine (la Première Guerre mondiale, le nazisme, la séparation des deux Allemagne, la réunification) qu’on revisite en filigrane dans un film avant toute chose dédié au féminin. Pour retracer ces cent ans de servitudes, sa caméra capture d’imperceptibles signes, comme un tremblement des mains, et des évènements insignifiants qui réveillent de sourdes angoisses. L’adolescente Lenka acquiert ainsi soudainement la certitude que sa vie est « ratée » parce qu’elle ne choisit pas le même parfum de glace que sa voisine qui la fascine au-delà du rationnel. C’est un impressionnant puzzle formel que proposent ces Échos du passé (dont le premier initial était The doctor says, I’ll be alright but I’m feelin’ blue). Le résultat, autant au niveau des images que pour la voix off, partagée entre plusieurs personnages, est proprement vertigineux. Passant d’une génération à l’autre, d’un point de vue à l’autre, par un simple effet de rime visuelle, par un fondu au noir ou par un effet sonore, le film demande en cela au spectateur une grande implication. C’est-à-dire qu’il faut mentalement recomposer l’arbre généalogique : tel personnage est la mère, la sœur ou l’oncle d’une autre. Un choix radical, éprouvant mais qui s’inscrit dans ce patchwork de souvenirs, confessions et visions oniriques qu’est ce lointain cousin du Miroir de Tarkovski.
Certains, à Cannes, ont tiqué sur le côté dispositif du film à thèse. Ce que veut raconter Mascha Schilinski, c’est la malédiction d’être une femme, à tous les âges du monde, et à tous les moments d’une vie. Et, le film de prendre des allures d’anthologie de la souffrance faite aux femmes : soumission, oppression, agression (physique et sexuelle), dénégation… la liste est longue et la main peut effectivement paraître un peu lourde. Mais, sous le vernis spectaculaire, il faut envisager Les Échos du passé pour ce qu’il est souterrainement : un film d’horreur dévastateur et qui laisse en miettes. Car, au fond, il s’agit bien là d’une histoire de maison hantée, un film peuplé de fantômes suicidés et sacrifiés, sorte de Chute de la Maison Usher féministe qui dévoile des choses que l’on ne voit pas ailleurs.
7 janvier 2026 en salle | 2h 29min | DrameDe Mascha Schilinski | Par Mascha Schilinski, Louise Peter Avec Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler Titre original In die Sonne schauen |
7 janvier 2026 en salle | 2h 29min | Drame


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