La séance de rattrapage : « Ailleurs » (Gints Zilbalodis, 2019)

Le succès de Flow incite à regarder de plus près le travail de Gints Zilbalodis, réalisateur letton en passe de devenir une star des réseaux sociaux (et d’être la seule bonne raison valable d’aller encore sur X). Away est un film qu’il a réalisé après son court-métrage primé Flow et avant le long du même nom, qui révèle d’une part l’incontestable maîtrise technique du bonhomme, mais aussi son approche minimaliste.

Le récit suit une ligne droite et pourtant surprenante : un jeune homme sans nom, se réveille suspendu à un arbre après un accident d’avion. Perdu dans un monde vaste et dépeuplé, il se retrouve face à un oiseau qu’il sauve d’une tempête. Cet oiseau devient son compagnon de voyage, tout en symbolisant peut-être la liberté ou l’espoir, dans un environnement où chaque élément semble figé, détaché des autres. En chemin, il rencontre une silhouette menaçante qui l’observe de loin, un personnage qui, à mesure que le film avance, devient une source de tension. L’histoire se structure en plusieurs actes, chacun représentant une étape différente du périple du protagoniste, à travers des paysages naturels aussi magnifiques qu’hostiles. La nature, omniprésente, est filmée avec une précision qui la rend presque vivante. La profondeur de champ, l’utilisation de l’ombre et de la lumière, et la texture des éléments qui composent l’environnement — forêts, montagnes, eau — jouent un rôle aussi important que les personnages eux-mêmes. Aucun mot n’est prononcé, et l’émotion est transmise uniquement à travers les gestes, les sons et la musique. La bande-son, composée par Zilbalodis lui-même, accompagne chaque mouvement, chaque déplacement avec une certaine gravité. La musique se fait parfois envahissante, parfois discrète, mais elle est toujours essentielle à l’atmosphère du film, soulignant la solitude du personnage et la tension de ses rencontres. On peut voir le résultat comme une exploration sensorielle de l’isolement, du silence, et de la nature comme reflet de l’état intérieur du protagoniste. Techniquement, Zilbalodis s’appuie sur l’animation 3D pour donner vie à un univers aussi épuré que détaillé. Les textures des paysages et des personnages sont fines, presque réalistes, mais le traitement global donne une sensation de rêve éveillé. Le réalisateur a eu recours à des logiciels de création 3D pour concevoir ces vastes décors naturels, et tout cela a été fait par une seule personne, Zilbalodis lui-même. Ce choix d’une production quasi solitaire contribue à l’aspect intime du film, où chaque image, chaque geste semble découler de la vision personnelle d’un simple réalisateur qui devient de plus en plus grand.

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