La révolution Ang Lee, c’est maintenant!

0
814

Dans le sillage de son prodigieux Un jour dans la vie de Billy Lynn, Ang Lee veut révolutionner la grammaire cinématographique avec Gemini Man. À pari chaos, film chaos?

Vendredi 27 septembre 2019. Chaos en transe dans la salle Dolby cinéma où se déroule la projection de presse de Gemini Man, le nouveau pari cinéphilique de ce cher Ang Lee. Nous nous attentons à quelque chose de grand, et l’idée de voir dans de bonnes conditions (en 3D+) nous réjouit d’autant plus. Cela n’a pas raté. Comme lors de la projection Cannoise du Parasite, de Bong Joon Ho, nous avons applaudi comme des jumeaux nymphomanes surmenés à la fin de la projection (NDLR. Seul Théo comprend le sens de cette expression).

Il y a en effet dans Gemini Man des scènes d’action absolument sidérantes qui nous ont collés au siège (très confortable, soit dit en passant). Excitation d’autant plus forte que Ang Lee (featuring Beatrice la traductrice) était présent à la suite de cette projection pour répondre aux questions de la salle. Le cinéaste, soucieux de connaître les premiers retours, balance d’emblée que Gemini Man a réclamé précisément dix ans d’expérimentations techniques. Un film «multicouche», selon ses mots, qui renferme un questionnement existentiel. En effet, l’histoire est celle d’Henry Brogan (Will), un tueur professionnel, qui est soudainement pris pour cible et poursuivi par un mystérieux et jeune agent (Smith) qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. La conception du clone, pour Ang Lee, consiste en l’extériorisation d’un conflit intime. Le processus de création du jeune Will Smith consistait à rechercher des images de l’acteur dans sa carrière passée (dans Bad Boys, Independence Day etc) et à reconstituer son visage numériquement via la performance capture. Lee nous explique alors comment ils ont tourné ces scènes. Lors des combats entre Henry et son clone, une doublure jouait le double de Will Smith, puis ce dernier endosse l’autre rôle et reproduit les mouvements et ainsi de suite. Le tournage s’est avéré très risqué, puisque tous les mouvements devaient être impeccablement réalisés pour assurer un bon rendu en post-production. Sous ses airs de divertissement, le film rappelle qu’il en a dans le ciboulot, posant progressivement des questions comme : un double a-t-il une âme? Ce clone est-il une véritable personne ou une machine à tuer? A-t-il des sentiments? Où sont passées les gazelles? Au final, Ang Lee qualifie Gemini Man de «thriller d’action existentiel», ou comment inclure la nouveauté technologique et la vision d’un auteur dans un genre grand public. D’où une dimension poétique revendiquée et insufflée par son auteur durant tout le film. Et qui remet en question le sens de notre vie.

Un film vertigineux en somme où, et nous l’expliquions récemment, l’utilisation de cette technologie n’est pas là pour faire beau. D’ailleurs, pour lui, la nécessité de tourner en 120 FPS est double. Tout d’abord, rendre l’expérience 3D supportable – Ang Lee a déjà tourné en 3D 24 fps, et trouvait le résultat assez insupportable, c’est alors qu’il a décidé de se tourner vers le l’HFR (pour High Frame Rate). À ce niveau, il explique que le 120 fps est la meilleure combinaison pour pouvoir voir un film en 3D. Puis, dans un second temps, cette haute cadence d’image permet d’accroitre la fluidité de l’image pour la rendre hyperréaliste, afin de rendre l’expérience encore plus intense. Ang Lee retourne les limitations techniques de l’infographie numérique pour que le spectateur ressente la même impression bizarre que le personnage joué par Will Smith. Par le biais de cette nouvelle façon de tourner, Ang Lee et son chef opérateur Dion Beebe ont dû réfléchir à une nouvelle façon d’éclairer sur le plateau. Autre confession post-projo: Ang Lee confesse détester story-boarder ses films, mais un projet d’une telle ampleur l’oblige à le faire. Il y a donc eu un très grand travail de prévisualisation pour les scènes de cascades pour que chaque élément technologique devienne un outil supplémentaire pour développer sa narration. L’essentiel pour Ang Lee reste sauf: injecter de l’émotion dans un film résolument spectaculaire. En somme, travailler le médium cinématographique, ainsi que sa question de l’immersion, afin de permettre une nouvelle relation avec le public. Défi pleinement accompli avec ce virtuose Gemini Man.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici