« Karma » de Guillaume Canet : caramba, encore raté !

L’intrigue débute dans un village du nord de l’Espagne où Jeanne (Marion Cotillard) tente un nouveau départ avec un homme qui ne connaît rien de son passé. Un jour, le filleul de cette femme à la santé fragile disparaît mystérieusement. Pour échapper à la police espagnole qui la soupçonne rapidement, Jeanne se réfugie en France dans la communauté dans laquelle elle a grandi avant de la fuir pour échapper au gourou…

Alcoolisme, pédophilie, enfermement religieux : Karma, le nouveau-film-de-Guillaume-Canet-avec-Marion-Cotillard (tant attendu par Léa Salamé), sort enfin en salles et il empile les sujets lourds comme autant de garanties de gravité, sans jamais leur donner l’épaisseur qu’ils méritent. Tout est sombre, tout est grave, tout semble vouloir nous dire quelque chose. Encore faudrait-il savoir quoi. À force de multiplier les pistes, Canet finit par n’en creuser aucune. Le résultat a les ambitions d’un grand thriller psychologique, mais manque de regard et de la rigueur nécessaire pour sonder les abysses de personnages complexes. Malgré ses 2h20, le film rappelle que Rodrigo Sorogoyen ne s’improvise pas.

Le paradoxe, c’est que Karma tient debout grâce à ceux qui l’habitent. Denis Ménochet, d’abord, toujours aussi magnétique dans ce rôle d’ogre qui lui va comme un gant. Dès qu’il apparaît, le film gagne en intensité, en menace, en relief. Sa seule présence suffit à faire exister ce que la mise en scène peine à installer. Marion Cotillard, dans une interprétation très affectée mais plutôt juste, impose son charisme à un personnage dont l’ambiguïté aurait mérité un traitement autrement plus audacieux. Leonardo Sbaraglia, vu dans le dernier Almodóvar, l’épaule avec justesse. Mais les acteurs ont beau faire, ils ne peuvent pas entièrement combler les angles morts d’un scénario qui esquisse beaucoup et approfondit trop peu. Car Karma préfère les facilités aux véritables prises de risque. Une police d’une passivité commode, des incohérences sacrifiées sur l’autel de la progression dramatique, une purification finale par le feu qui tient lieu de grand symbole conclusif : le film finit par accumuler les poncifs qu’il semblait pourtant vouloir dépasser au départ. Même la musique de Yodelice, avec ses nappes de synthé qui insistent là où l’image devrait suffire, finit par taper sur les nerfs. Et vingt minutes de moins n’auraient certainement pas nui à l’affaire.

Reste cette impression tenace d’un film qui aurait pu être important. Pas simplement efficace ou sombre, mais réellement dérangeant, capable de creuser les contradictions morales de ses personnages plutôt que de les entourer d’une pénombre de circonstance. À l’arrivée, Karma ressemble davantage à un thriller formaté pour une plateforme (Netflix, également coproductrice, n’étant sans doute pas étrangère à cette impression) qu’à une œuvre qui aurait trouvé sa nécessité propre. Ce n’est donc pas un mauvais film. C’est seulement un film qui confond trop souvent gravité et profondeur, accumulation et complexité. Et c’est précisément ce qui le rend frustrant : avec un sujet pareil et des acteurs de cette trempe, on était en droit d’attendre bien davantage. Ménochet, lui, dévore l’écran. Karma n’a malheureusement pas grand-chose à lui offrir à dévorer…

21 octobre 2026 en salle | 2h 20min | Drame, Thriller
De Guillaume Canet | Par Guillaume Canet
Avec Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia

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