« Islands » de Jan-Ole Gerster : mélange des genres aussi familier qu’imprévisible

Premier film en langue anglaise du cinéaste allemand Jan-Ole Gerster, Islands est un subtil mélange de genres à la fois familier et imprévisible. Pour simplifier, on dira que c’est un film noir en plein soleil, à la façon de Patricia Highsmith, sauf que le personnage principal n’a rien à voir avec Ripley, à part son attirance pour les riches touristes. Tom (Sam Riley, qui ressemble de moins en moins à Ian Curtis et de plus en plus à Nicolas Hulot) est un ancien joueur de tennis qui gagne sa vie depuis dix ans à Fuerteventura en donnant des leçons aux pensionnaires d’un hôtel de milieu de gamme. Il vit une existence apparemment idéale (soleil, mer, sexe et drogues), mais la routine commence à lui peser, d’autant qu’il est en train de devenir alcoolique. Il est le parfait personnage de film noir, sa vulnérabilité suscitant l’indulgence de ses amis (le flic local, le gérant d’une boîte de nuit, une employée de l’hôtel, un couple de chameliers marocains). Jusqu’au jour où débarque un couple d’Anglais avec leur enfant. Tom est immédiatement attiré par Anne (Stacy Martin, parfaite) qui lui commande des cours pour son jeune fils Anton. Ce n’est pas un hasard si le père est interprété par Jack Farthing, qui jouait le mari problématique de Kristen Stewart dans Spencer. Apparemment, le couple bat de l’aile, et ils semblent avoir organisé ces vacances comme une tentative de sauvetage de la dernière chance. Fasciné, Tom accompagne la famille jusqu’au moment où le mari disparaît dans des circonstances ambigües. Le mystère plane, une enquête est ouverte, et Tom est de plus en plus attiré par Anne.

Par bribes, on devine qu’elle a vécu intensément par le passé, et qu’elle n’est certainement pas une oie blanche. Autant Tom est prudent et dans l’attente du moment propice, autant elle est dans l’action, la manipulation et le contrôle. Elle contribue aussi à secouer Tom, qui n’est pas difficile à cerner. La casquette qu’il porte à l’envers est presque un aveu qu’il sait d’où il vient, mais pas où il va. À un moment, elle lui demande si en s’installant sur l’île, il ne cherchait pas à fuir un épisode de son passé, à moins qu’il ne cherche à éviter d’envisager son avenir. L’intrigue est faite pour jouer avec les apparences, les demi-mots, les insinuations propices aux fausses pistes, rien n’étant exactement prévisible. Aucune révélation ne vient non plus confirmer ce que le spectateur finit par deviner en filigrane. Le rythme assez lent incite à se laisser porter par le récit, avec une facilité amplifiée par l’excellente interprétation, mais le film aurait gagné en intensité s’il avait été un peu raccourci.

2 juillet 2025 en salle | 2h 03min | Comédie, Drame, Thriller
De Jan-Ole Gerster | Par Jan-Ole Gerster, Blaž Kutin
Avec Sam Riley, Stacy Martin, Jack Farthing

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