Récit féministe aussi discret que tranché, Mother’s Baby de Johanna Moder s’est vu couronné du Grand Prix du dernier Festival de Gérardmer, passage obligé du paysage fantastique français. Petit tour d’horizon non exhaustif de ce qu’il fallait retenir (ou non) de cette 33e édition.
D’abord, et sans grande surprise, les deux mastodontes marquant son ouverture et sa clôture. Les festivités ont d’abord pu joyeusement commencer avec le dernier-né de Sam Raimi, Send Help, comédie horrifique de studio maquillée en survival. Un départ sur les chapeaux de roue, porté par une satire régressive et amusée d’un metteur en scène qui retrouve enfin sa saveur d’antan. De l’autre côté de la barrière, l’arlésienne Retour à Silent Hill, objet unique et coup de foudre de la rédaction, est d’ores et déjà disponible dans nos salles françaises. Christophe Gans y déploie un poème mélancolique sans pareil, point d’entrechoc entre les réalités, dans une errance qui aura malheureusement pu en laisser certain·e·s sur le carreau.
Si là n’était pas forcément la substance vive du festival, tous les regards se sont naturellement tournés vers la compétition officielle. Une année sans immense éclat ni surprise, mais au niveau plutôt plaisant, riche de propositions éclectiques, visiblement placées sous le signe de la filiation parentale mouvementée. Si le format court de ce récap peut rester frustrant, chaque film qui y a été présenté bénéficie de critiques déjà en ligne sur le site. Ainsi, on ne redira que quelques mots du cruel Welcome Home Baby, cauchemar autrichien façon Rosemary’s Baby, classique mais entêtant, de même que du tentaculaire Junk World, fantasme d’animation aussi drôle qu’inarrêtable.
Élu Prix du Jury (ex aequo) et Prix de la Critique, on ne pourra néanmoins pas se priver de louer une fois de plus le Cadet d’Adilkhan Yerzhanov, objet terrifiant et inclassable d’une froideur décapante. Là se trouvait sans doute la proposition à retenir, bouffée d’air frais pourtant étouffante dans un cinéma horrifique occidental parfois circonvolu. Vient ensuite, du côté des petits loupés, The Thing with Feathers, récit de deuil fantastique à la métaphore boursouflée et à la mise en scène superficielle, auquel même le meilleur Benedict Cumberbatch ne parvient pas à insuffler beaucoup de vie.
Don’t Leave the Kids Alone lui emboîte alors le pas, sorte de Maman, j’ai raté l’avion mexicain empli de cruauté et de phénomènes surnaturels. Foisonnant d’élans de genre mais trop peu maîtrisé, le film s’en retrouve malheureusement écartelé en un tout très peu digeste. On retiendra alors nettement plus positivement Redux Redux, mélange inégal mais malin de multivers et de deuil désespéré d’une mère, en une série B limitée mais convaincante.
Côté coups de cœur, Nervures, plutôt boudé pour ses trous scénaristiques et son approche de l’horreur un petit peu trop à l’économie pour certains. Reste qu’il y a là un regard profondément sensible sur la fin de vie et les derniers au revoir, dans un conte mélancolique mis en images jusqu’à l’enchantement.
Vient ensuite Mother’s Baby, Grand Prix remarquable de retenue et excellente incarnation de ce que l’horreur au féminin soulève de plus terrible. Un geste déroutant, qui se diffuse dans le confort de l’intime pour donner à vivre un thriller d’une rigueur toute particulière.
Enfin, sur une note plus douce et planante, The Weed Eaters, stoner movie aux élans cannibales, fauché au possible mais joyeusement communicatif. Comme souvent, c’est du côté des productions les moins fortunées, et souvent les plus bancales, qu’émergent les surprises et les moments de sincérité les plus amusants, ici dans une petite bêtise de festival comme on les aime.
Côté hors compétition, on passera rapidement à côté du faiblard Hold the Fort, comédie horrifique fauchée qui peine à dépasser son manque de moyens, faute de générosité. On lui préférera largement, dans la même catégorie, le très malin Flush, huis clos dans une toilette turque dont les quelques faiblesses d’écriture n’ont d’égal que le divertissement jouissif qu’il propose, étonnamment loin du potache. Un plaisir précieux, rigoureux, déjà passé par l’Étrange Festival et le PIFFF, mais dont on ne peut qu’espérer voir le parcours se poursuivre longuement. Récemment passé par l’Alpe d’Huez, Alter Ego, géniale comédie absurde et piquante signée Nicolas & Bruno, revenait ici à une place qui semblait parfaitement lui convenir.
Enfin, l’autrice de ces lignes ne saurait conclure ce récapitulatif sans toucher quelques mots de l’enchanteur Planètes, film d’animation français suivant l’odyssée de quelques akènes de pissenlit dans un monde au bord de l’effondrement. La réalisatrice japonaise Momoko Seto signe là un film fragile, aussi précaire dans son animation qu’audacieux narrativement, propice à un enchantement rarement vu.
Source toujours riche de découvertes passionnantes, le Festival de Gérardmer marque une fois de plus cette année son envie de souligner, et récompenser, de jeunes propositions inattendues. Si l’imperfection n’est jamais très loin, sincérité et audace règnent en maîtres, peu importe le niveau global. Nombre de films manquent ici forcément à l’appel, faute d’avoir pu tout voir, mais nul doute que les prochains mois sauront donner tort aux absent·e·s.



