[FEMME OU DÉMON] Jonas Middleton, 1976

Question sérieuse : et si les meilleurs pornos des années 70 n’étaient pas les plus joyeux ? Car difficile de se voiler la face et de ne pas constater que derrière l’hédonisme galopant, Thanatos tout-puissant ne cesse de roder. Et il n’était pas étonnant de voir le Hard voisiner avec l’horreur, genre complémentaire s’il en est, par deux voies bien distinctes : la parodie passant par la reprise sous X des hits du moment (l’excellent Dracula Sucks ou Sex Demon et sa version gay de L’exorciste), et une autre branche consacrée à des cauchemars obscènes plus originaux. Rejeton évident de l’indispensable The Devil in Miss Jones, Femme ou démon (aka Through the looking glass) fait donc valser lui aussi petite mort et fantasmes biscornus.

Derrière ce titre, point d’Alice, mais son héroïne Catherine pourrait en être son pendant adulte, fagotée comme une poupée sortie de sa boite, une « wind-up doll » comme disent les commères du salon de coiffure : où va-t-elle, que fait-elle et qui est-elle ?, se demandent-elles toutes. Catherine (évanescente Catharine Burgess, qui ne fit qu’un passage express par la voie du hard), bourgeoise précieuse, vaporeuse et intouchable, même par son mari. Dans son manoir, elle s’ennuie, se trouble, se cherche. Alors, elle retourne dans le grenier, une alcôve d’objets du passé et de souvenirs. Parmi eux, un miroir qui va lui faire tourner les sens (comme plus tard celui de Pandora’s Miror). Plutôt que jouer la partition de la « bourgeoise nympho », Through the looking glass explore les désirs de son héroïne et les crevasses béantes en dedans, hantée par un Œdipe qui n’a pas fait les choses à moitié. Dans une longue scène éprouvante, elle revoit son moi adolescente, bafouée par un père libidineux. Tantôt diable lubrique, tantôt naughty daddy, l’inusable Jamie Gillis explore et toujours sa face sombre, lui qui fut tour à tour châtelain SM, tueur/violeur ou nécrophile durant tout un âge d’or du X finalement pas si lumineux.

Inceste (frère/sœur, père/fille), viol brutal, goûter goulu où l’on s’enfonce divers fruits et légumes dans le fondement et on boit du foutre à la lie, onanisme violent suivi d’un plan subjectif et chirurgical de l’intérieur d’un sexe féminin, frigidité ou décadence caverneuse : Jonas Middleton, dont ce sera le dernier film après deux autres essais dans le porno, ne semble pas vraiment titiller la libido de ses spectateurs, ou du moins s’il le fait, emprunte plutôt des chemins volontiers déconcertants. Les vapeurs de roman gothique se mêlent à un goût prononcé pour le grotesque où galopent les ombres de Fellini et de Ken Russell : impossible de ne pas penser au réalisateur des Diables dans un final infernal et rougeoyant, où des visages peinturlurés s’agitent dans la crasse des enfers. Alors que de l’autre côté du miroir, une fleur adolescente pousse, Catherine connaîtra un sort proche de celui d’une certaine Miss Jones. Plus qu’une simple morale reac (« Les salopes vont en enfer » dirait l’autre), on y entrevoit davantage l’Ouroboros d’un désir traumatique et l’impossibilité de se défaire d’une hérédité obscure.

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