Après une longue période d’amnésie, les bijoux de famille de Louis Malle ne cessent de regagner, des décennies après, les écrans: Malavida et Gaumont nous expédient cette semaine quatre films – évidemment très différents – du cinéaste français, dont la parenthèse américaine demeure encore méconnue.
Vous connaissez sûrement le labyrinthique Black Moon, le woody-allenien (et pré-podcastien) My dinner with André, le testamentaire Vanya 42e rue: mais connaissez-vous Atlantic City (1980)? À titre personnel, cette affiche originelle construite uniquement à partir d’une enseigne lumineuse ne nous avait jamais trop donné envie de nous y plonger, et ce, en dépit d’un casting pour le moins intrigant (Susan Sarandon, Burt Lancaster, la très camp Kate Reid et Michel Piccoli speaking in la langue de Shakespeare). Quelle erreur… Assurément le chef-d’œuvre de la période US de Louis Malle, ce sommet du cinéma doux-amer rappelle l’ambiance maussade d’un de nos films préférés, The King of Marvin Gardens (Bob Rafelson, 1972), qui – drôle de hasard! – se passait lui aussi à Atlantic City… Récompensé d’un Lion d’or à Venise, voilà le morceau patrimoine qu’il vous faudra rattraper cette semaine. Pas la peine de vous renseigner davantage sur ce film choral à dominante « voisin de palier » qui réunit à peu près tout ce qu’on aime (les chassés-croisés élégants entre les personnages, les addictions, le désespoir traité avec une certaine légèreté, le voyeurisme…). Le grand Louis en parlait en ces termes: « On voulait combiner l’ancien et le nouveau (…) Le personnage de Burt Lancaster (…) représentait le passé et le personnage de Susan Sarandon, qui habitait le même immeuble, représentait ces gens venus de toute l’Amérique, avec leurs rêves… c’est bien évidemment une métaphore de l’Amérique même. » Amateurs du Nouvel Hollywood: this one’s for you! G.R.
