[DEEP END] Jerzy Skolimowski. 1970

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En découvrant Deep End de Jerzy Skolimowski, on éprouve le sentiment rare de toucher du doigt le nirvana.

A la fin des années 50, Jerzy Skolimowski est fraîchement diplômé de l’École Polonaise de Film à Lodz. Là-bas, il fréquente Roman Polanski et lui écrit le scénario du Couteau dans l’eau. Parallèlement, il cherche une révolution cinématographique comparable à la Nouvelle Vague en France et devient l’équivalent d’un Milos Forman en Tchécoslovaquie ou d’une Márta Mészáros en Hongrie. Il agit comme poète-acteur-cinéaste révolté contre les canons politiques/esthétiques et témoigne du mal-être de la jeunesse désœuvrée. Ça donne quelques monuments comme Signes particuliers : néant ; Walkover (1965), tous deux sur les errances désenchantées du boxeur qu’il a été ; ou encore La barrière (1966) sur la transformation amoureuse d’un rapace.

Au moment où la censure fait rage sur Haut les mains (1966), Skolimowski fuit la Pologne pour élire la Grande-Bretagne, comme son ami Polanski. Ce sont paradoxalement ses meilleures années en tant que cinéaste : les récompenses pleuvent à Berlin (Ours d’or pour Le départ) et au festival de Cannes (grand prix spécial du jury pour Le cri du sorcier). En 1970, il réalise son plus beau film, une sorte de chef-d’œuvre pop : Deep End, qui retranscrit les battements de cœur d’un garçon de bain (John Moulder Brown), conquis par une collègue nymphette (Jane Asher, la compagne de Paul McCartney dans les années 60). Afin de donner un sens à son existence morbide, elle fréquente des hommes plus âgés et, la pureté évaporée, se moque bien des tentatives désespérées du puceau obnubilé par sa grâce.

La force de ce film inoubliable réside dans ce portrait somnambulique de jeune mec paumé qui, sous sa carapace de Dandy romantique, soumet le monde au rythme de son élégance, cherche la poésie dans les baffes et traine comme un poids le malheur d’être trop sensible, trop timide, trop candide dans un univers marchand – où tout s’achète, même les sentiments. Les questions qui le hantent sont celles que tout le monde s’est déjà posé, sans nécessairement trouver les réponses. L’action se déroule au lendemain gueule-de-bois du Swinging London du Blow Up d’Antonioni – le cinéaste italien étant une référence que Skolimowski citera jusque dans 11 Minutes.

Si, au départ, on est tenté de créer d’autres liens cinéphiles, notamment avec Fellini pour les mamas esseulées en quête d’étreintes furtives ou encore le cinéma de Roman Polanski première période ne serait-ce que dans la caractérisation de son jeune héros perdu avant d’avoir atteint l’âge adulte, il vaut mieux se concentrer sur cette œuvre unique de peintre, aux couleurs tantôt vives tantôt délavées. C’est aussi et surtout l’un des plus beaux films sur les amours adolescentes, paumées au fond de la piscine, noyées dans un bassin vide.

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