En 1999, au moment où la scène électronique britannique raffole des croisements entre hip-hop instrumental, jazz et downtempo, Mr. Scruff (de son vrai nom Andy Carthy) fait surgir un morceau qui semble venir d’un autre temps : Get A Move On!. Publié par Ninja Tune et extrait de Keep It Unreal, le titre mélange une batterie sèche et sautillante, des cuivres incisifs et un groove légèrement bancal mais terriblement efficace, dessinant un territoire qui va de l’electronica au jazz-house, en passant par le trip-hop et la techno.
Le morceau s’appuie sur Bird’s Lament de Moondog, composition de 1969 signée Louis Thomas Hardin, l’artiste américain aveugle et excentrique qui rend ici hommage à Charlie Parker. Scruff utilise cette composition comme une matière première, en extrait le mouvement, la découpe et la propulse dans une mécanique électronique irrésistiblement moderne. Ce qui fonctionne, c’est précisément cette collision entre la composition minimaliste de Moondog et le savoir-faire de Scruff. Des médias spécialisés ont depuis souligné l’influence du morceau : The SHFL le décrit même comme un titre ayant pratiquement anticipé et perfectionné l’electro-swing, bien avant que le genre ne devienne un phénomène. La belle histoire d’un fragment de jazz exhumé, transformé par un DJ-producteur de Manchester en morceau de pop mondiale.


