Culte des années 2000 : Sparklehorse – « It’s a wonderful life »

It’s a wonderful, wonderful lifeeee… En 2001, Mark Linkous ouvre son album It’s a Wonderful Life avec une chanson qui donne son titre au disque et aligne, en moins de trois minutes, quelques visions sans commentaire : des abeilles mortes en mer, du sang de coq, un marais de grenouilles empoisonnées, puis un chien qui a mangé un gâteau d’anniversaire. À chaque fois, le même refrain revient : it’s a wonderful life. Derrière cette voix presque murmurée, Linkous joue le Chamberlin, les instruments électroniques et le sampler. Il assure aussi l’enregistrement, la production et le mixage du morceau. Le disque, lui, est beaucoup moins solitaire : Dave Fridmann et John Parish prennent part à sa production, PJ Harvey, Nina Persson, Tom Waits, Vic Chesnutt et Adrian Utley viennent jouer ou chanter sur plusieurs titres.

Pour comprendre ce que Linkous met derrière ces quatre mots, il faut revenir quelques années en arrière. Né en Virginie, fils et petit-fils de mineurs de charbon, il part adolescent à New York, puis s’installe à Los Angeles avec les Dancing Hoods. Le groupe se sépare en 1988 après plusieurs négociations infructueuses avec des maisons de disques. Linkous rentre alors en Virginie et commence à enregistrer sous le nom de Sparklehorse. Son premier album, Vivadixiesubmarinetransmissionplot, paraît en 1995. Un an plus tard, alors qu’il accompagne Radiohead en tournée en Europe, il s’effondre dans une chambre d’hôtel à Londres après avoir pris des médicaments. Retrouvé inconscient quatorze heures plus tard, les jambes comprimées sous son corps, il subit plusieurs opérations et passe des mois en fauteuil roulant. Il dira ensuite que la rééducation consistait essentiellement à réapprendre à marcher. C’est dans cette ferme de Virginie qu’il enregistre ensuite une grande partie de Good Morning Spider, paru en 1998. Il y travaille avec un matériel qu’il accumule lui-même (vieux claviers, instruments électroniques, console d’enregistrement) et construit Sparklehorse comme un projet dont il reste le seul membre permanent. Ainsi, des quatre mots empruntés au titre du film de Frank Capra, l’ambiguïté du titre se pose : sarcastique ou sincère ?

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