C’est la fin de l’année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…
Sous couvert d’une déclaration d’amour au septième art, Be Kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez !) rassemblait des individus et des communautés capables de faire passer l’intérêt commun au-dessus de leurs différences. En apparence, The We And I se présente dans la même veine avec la description d’un groupe (ici, des lycéens du Bronx qui vivent leur dernier trajet de bus ensemble avant l’été). Gondry filme une chronique facilement accrocheuse comme un défi technique et artistique avec les proverbiales unités de temps et de lieu (en quasi-temps réel, quasi-intégralement dans un bus scolaire). Au programme : beaucoup d’énergie et de spontanéité, si bien qu’on ne voit pas le temps passer. La tonalité est très légère au début, sans doute trop, entre les vannes, la tchatche, la frime, la moquerie bon enfant notamment envers une personne âgée qui d’ailleurs ne se laisse pas faire (l’effet est réellement drôle). Au détour de quelques séquences, on retrouve l’affection de Gondry pour les maladroits, les silencieux et les discrets. Ceux qu’on ignore généralement au cinéma comme dans la vie.
Puis, au fur et à mesure que les camarades descendent du bus, la mélancolie prend le pas sur la frivolité, la nuit tombe et le bus de plus en plus dépeuplé confronte les passagers restants (ceux qui habitent le plus loin) à des sentiments plus profonds comme la solitude et la mélancolie. C’est exactement ce que traduit le titre, distinguant le collectif de l’individuel. Parfois brusquement alterées par des ralentis ou des changements de vitesse qui traduisent des impressions subjectives, cette progression linéaire – exercice de style oblige – n’est pas inintéressante mais elle se révèle un peu artificielle, surtout dans la dernière partie. Constamment en périphérie de la caricature (on a l’impression qu’il va tomber dedans à un moment ou à un autre), l’ensemble tient le cap, d’autant que les acteurs, avec leur physique passe-partout et leur présence naturelle, sont particulièrement de bonne compagnie. Ils contribuent à donner du relief et du sens à des thèmes évoqués en filigrane comme la crise d’identité ou le choix de se conformer ou non aux modèles dominants. A tel point que le film jouant sur les deux tableaux du réalisme documentaire et de l’affectivité peut trouver un public ailleurs que chez les seuls ados auxquels il s’adresse en priorité. A la clé une (somptueuse) bande-son qui passe de Run DMC à Boards of Canada – le minimum syndical de la part d’un ancien clippeur, désormais cinéaste aguerri.

