[CRITIQUE] ROSARIO de Emilio Maille

Quand on naît à Medellín, ville de la drogue et de la prostitution, où les femmes et les enfants ont si peu d’importance, on n’a guère de chance de vivre. Mais Rosario est une fille qui ne ressemble à personne : belle, tenace, fatale. Quand Antonio et Emilio, deux amis issus d’un milieu aisé, croisent la route de Rosario, ils en tombent immédiatement amoureux et se retrouvent plongés dans un monde de plaisir, de violence et de mort.

Cette fiction intimiste possède une substance dense et robuste, assurée par le roman d’origine dont il est adapté et s’avère idéalement riche en personnages fouillés ; ce qui représente une aubaine pour des acteurs inconnus. Parmi eux, un beau tempérament d’actrice : Flora Martinez, visage d’ange paumé dans le tumulte d’un Medellin rongé par le vice. Le récit à la fois limpide et alambiqué narre l’itinéraire d’une femme-enfant marquée par la fatalité qui use de son charisme pour mieux régler ses comptes. En filigrane, il reflète sans complaisance les multiples bouleversements qui affligent la ville putride. Rosario, personnage parabolique, en révèle la beauté secrète et gâchée.

Le film ressemble à sa protagoniste et gratte le vernis artificiel des premières images pour creuser plus profond, au gré de flash-back et de séquences étrangement distendues, dans ses affects autodestructeurs et sa soif de vengeance. Puis, dans cet enfer où tout devient une question de survie, naît une histoire d’amour accidentelle, romantique et donc casse-gueule. Loin de l’horreur sociale, les deux tourtereaux jusque là englués dans la haine découvrent ce que veut dire aimer. Sans doute trop fasciné par son actrice qui dévore littéralement la pelloche, le réalisateur sonde les prémices d’un amour salvateur et se tire plutôt bien d’une situation risquée sans néanmoins insuffler la folie et l’intensité qu’une telle histoire exigeait.

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