Présenté lors de la 28ᵉ édition de Chéries-Chéris (le Festival du Film LGBTQI de Paris qui se déroule du 19-29 novembre), ce long métrage de Manuel Abramovich, qui avait déjà sensation au FIFIB, tient toutes les promesses de son beau titre.
Avec un nom pareil, on nous l’avait vendu comme un diamant serti dans le marbre du chaos, un an après la projection du glaçant Pleasure: le film de Manuel Abramovich, qui a décroché le Grand Prix de la compétition internationale longs métrages au FIFIB, soit la plus haute distinction du palmarès, fait le tour des festivals, cette fois-ci au Chéries-Chéris, le festival préféré de Geny G/Shauna Sand. Quand il ne travaille pas à l’usine, Lalo est un sex-influenceur argentin qui se met en scène nu pour ses milliers de followers. Suite à un casting, il devient acteur porno en jouant Emiliano Zapata (!) dans un film sur la révolution mexicaine. Mais dans la réalité, Lalo semble vivre dans une mélancolie constante…
Si les dicks pics en bleu de travail peuvent évoquer l’univers d’Alain Guiraudie, la comparaison s’arrête là: Pornomelancolia travaille un sentiment beaucoup plus sombre, loin du bruissement émancipateur qui jalonne l’œuvre du cinéaste aveyronnais, le jeune Lalo n’ayant pour seule attache que les membres de ce plateau X en poncho passant le plus clair de leur temps à baiser (faut bien gagner sa croûte!) ou à nourrir à haute voix de vaines illusions sur leur condition, pas aussi rose qu’ils ne l’admettent. Scrollant frénétiquement à travers des DM Twitter où s’accumulent des messages à la fois réconfortants et déprimants (« Eres muy bien dotado, guapo« ), le film restitue bien une certaine idée de la neurasthénie-écran-rétina, trouble dont souffre à peu près 92% de la population mondiale. Mais il faut aussi l’admettre: Pornomelancolia est fait d’une telle sécheresse, d’une telle retenue vis-à-vis de corps que la vie même semble avoir transformé en automates, qu’il finit par légèrement tourner en rond et quelque peu lasser. PornoStilnoxia? G.R.
