« Plumes » de Omar El Zohairy: quand un magicien de pacotille transforme un mari en poule

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Papa poule. C’est l’histoire d’une mère (Demyana Nassar): passive, dévouée corps et âme à son mari et ses enfants. Un simple tour de magie tourne mal pendant l’anniversaire de son fils de quatre ans, et c’est une avalanche de catastrophes absurdes et improbables qui s’abat sur la famille. Le magicien transforme son mari, un père autoritaire, en poule. La mère n’a d’autre choix que de sortir de sa réserve et assumer le rôle de cheffe de famille.

Après le cinéma Panique, le cinéma Pagaille. La mère au foyer rongée par l’ennui et le mutisme devient soudainement la seule source de revenus pour le foyer quand un magicien de pacotille transforme son mari… en gallinacé! Un bel argument d’autant qu’elle devra prendre les choses en main: payer son loyer, faire manger ses enfants, travailler…. et prendre soin du papa poulet. Mais rien n’est simple. Comme dirait Charles Tesson qui l’a cité dans ses films préférés de l’année, la mère de famille va hésiter entre veiller au grain (bien élever et prendre soin de son animal de mari) ou lui voler dans les plumes (père, j’ai envie que tu brûles!). Avec une distribution entièrement composée d’amateurs, Plumes se déroule dans un village qui n’est jamais nommé ni localisé et enchaine les saynètes absurdes, mais sans l’humour inhérent à la distance sur ce qui est filmé. Ce qui le rend plus étrange encore que chez nos adeptes du plan-fixe à l’humour froid. C’est peu dire que le résultat ne décline pas une recette et déroute donc, jouant la carte de l’inconfort en plus de ne pas respecter les us et coutumes de la narration usuelle. Plusieurs pistes s’offrent à nous (rêverie absurde? fantastique-social? réalisme magique?). Mais, malgré les scènes parfois énigmatiques qu’il sème en chemin, le long métrage tisse une évidente métaphore sur la place dérisoire des femmes dans un univers patriarcal et jette une fragile goutte de merveilleux dans un océan de tristesse. Un truc de magicien au beau milieu du quotidien d’une famille nécessiteuse qui ne croit plus depuis aux contes de fées. Non exempt de scories (rythme en dent de scie) et de références (trop nombreuses pour être citées), Plumes s’en sort malgré tout en faisant le choix de biffer le misérabilisme, alors qu’il aurait été si facile de tomber dedans, et en usant du surréalisme comme motif d’une fable dont on ne saura jamais quelle grimace douloureuse il cache. Une célébration prometteuse de la pugnacité du fantastique à se faufiler dans une réalité sans l’ombre d’un espoir, laissant augurer d’un bel avenir à son jeune auteur. A.V.

23 mars 2022 en salle / 1h 52min / Comédie dramatique, Fantastique
De Omar El Zohairy
Par Ahmed Amer, Omar El Zohairy
Avec Demyana Nassar, Samy Bassouny, Fady Mina Fawzy
Titre original Feathers

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