[CRITIQUE] MADELEINE COLLINS de Antoine Barraud

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L’adversaire au féminin. Judith mène une double vie entre la Suisse et la France. D’un côté Abdel, avec qui elle élève une petite fille, de l’autre Melvil, avec qui elle a deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile fait de mensonges, de secrets et d’allers-retours se fissure dangereusement. Prise au piège, Judith choisit la fuite en avant, l’escalade vertigineuse.

Avec Benedetta, c’est l’autre ticket gagnant de cette année Virginie Efira, actrice qu’on avait un peu trop facilement tendance à couvrir d’éloges jusque-là, et qui commence – ça y est, nous rentrons dans le rang – à sérieusement nous scotcher. Dans Madeleine Collins, l’ex-coqueluche de M6 campe une blonde hitchcockienne rivalisant d’ingéniosité pour mener à bien sa double vie, écartelée entre deux foyers, la France et la Suisse. Elle est mariée à Melvil (Bruno Salomone, qu’on est content de voir pour une fois dans un truc qui abime pas trop les yeux), un chef-d’orchestre réputé avec qui elle a deux adolescents. Quand elle s’absente pour le travail, elle retrouve en réalité Abdel (Quim Gutiérrez) et Ninon, 4 ans, dans leur maison helvète.

Le mensonge, c’est le dada de Madeleine, prénom vertigien s’il en est: tel un Jean-Claude Romand en moins bedonnant, elle compartimente son existence au péril de sa santé mentale, mise à rude épreuve quand les proches commencent à sentir le manque de cohérence dans toute ces histoires… On comprend petit à petit que les deux hommes se connaissent, mais qu’est-ce qui relie les deux lascars (Madeleine comprend-elle vraiment le propre noeud archi-sophistiqué de mensonges qu’elle a mis en place, et qui ne tolère pas la moindre c***** dans le potage?).

Privé pendant un long moment des pièces du puzzle, le spectateur doit d’abord accepter de ne rien comprendre, ce qui n’est pas le plus petit des risques quand on écrit un polar… Il devient de plus en plus actif à mesure que ce scénario retors et finement ciselé (entamé en 2009, Michael Jackson était encore des nôtres, rendez-vous compte!) avance… Et change constamment, c’est là la grande réussite du film, de point de vue sur les personnages: le salaud d’hier apparaît en fait sous les traits d’une victime, et ainsi de suite. Spectateur qui assiste aussi à une belle réflexion autour de l’omission (la vérité est-elle toujours bonne à entendre?) et de la manipulation au sein du couple (don’t believe les gueules d’ange, ce sont souvent des PN en puissance…).

Beau film donc, capable de réconcilier lecteurs de Télérama et les spectateurs plus occasionnels du dimanche: merci à Antoine Barraud – auteur du curieusement-passé-inaperçu Le dos rouge en 2015, featuring Bertrand Bonello et Jeanne Balibar) de permettre cette sainte alliance, angle mort du cinéma français depuis tant d’années. G.R.

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