« Broken Rage » de Takeshi Kitano : entre genre et autoparodie, drôle de film méta-chaos

Avec Broken Rage, Kitano continue d’explorer les frontières du genre et de l’auto-parodie. Sans convaincre.

Rembobinons un peu. Depuis ses débuts en tant que comédien dans les années 1970, Takeshi Kitano, sous le pseudonyme de Beat Takeshi, s’est fait connaître pour son humour acerbe et ses sketches satiriques. Il a ensuite évolué vers la réalisation, signant des films marquants tels que Sonatine et Hana-Bi, qui mêlent poésie et violence, et qui lui ont valu une reconnaissance internationale. Sa filmographie est marquée par une alternance entre des œuvres introspectives et des projets plus légers, reflétant sa dualité artistique entre le comique et le sérieux. Broken Rage s’inscrit dans cette continuité, mais avec une approche audacieuse et expérimentale.

Présenté hors compétition à la 81ᵉ Mostra de Venise, le film se distingue par sa structure en diptyque. Kitano y raconte deux fois la même histoire : celle de Nezumi, un tueur à gages vieillissant interprété par lui-même, d’abord sous un angle dramatique, puis sous une forme comique et burlesque. Ainsi, dans la partie thriller, le tueur à gages, s’introduit discrètement dans un club pour éliminer un jeune chef de gang. La tension est palpable, la scène est sombre et silencieuse, reflétant le professionnalisme froid du tueur. Quand cette scène est rejouée dans la partie drôle, le même tueur à gages trébuche en entrant, renverse des tables et attire l’attention de tous. Les tentatives d’assassinat se transforment en une série de maladresses comiques, provoquant l’hilarité. De même, lorsqu’il exécute méthodiquement un membre yakuza dans une ambiance étouffante, utilisant la vapeur et l’obscurité à son avantage, la scène rejouée devient une farce, avec le tueur glissant sur le sol mouillé, se brûlant avec la vapeur et luttant pour maintenir son arme en main, transformant l’assassinat en un numéro de slapstick.

Vous avez compris le principe. Cette dualité narrative rappelle son goût pour la déconstruction des genres et son inclination à brouiller les frontières entre le tragique et le comique, mais peine à convaincre sur la durée pourtant courte (un peu plus d’une heure). Ce qui est un peu un problème. On reste content d’avoir des nouvelles, comme on est heureux d’avoir des nouvelles d’un vieil ami, toujours capable de repousser les limites de son art et de ne pas se reposer sur ses acquis à 77 ans. Mais on aimerait qu’il revienne au vrai beau grand cinéaste dont on le sait capable. C’est visible sur Amazon prime.

13 février 2025 sur Amazon Prime Video | 1h 02min | Action, Comédie, Policier
De Takeshi Kitano | Par Takeshi Kitano
Avec Takeshi Kitano, Tadanobu Asano, Nao Ohmori

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