King and Queen Volcano. En s’emparant des captivantes archives cinématographiques des illustres volcanologues Katia et Maurice Krafft, le réalisateur Werner Herzog célèbre avec force et poésie la vie, brutalement interrompue en 1991, de deux chercheurs et preneurs d’images à l’œuvre unique. Trente ans plus tard, ce film redonne vie à leurs images époustouflantes et rend hommage à ce couple légendaire.
Des images d’éruptions inoubliables. Dans deux précédents documentaires, Werner Herzog ne cachait rien de sa fascination pour la beauté des volcans en éruption, ni de son attirance pour le danger et l’excitation de jouer avec la limite extrême qui sépare la vie de la mort. En mettant la main sur les 200 heures de films accumulés par les époux Krafft au cours de leur carrière de vulcanologues, il n’avait pas seulement accès à une source exceptionnelle d’images envoûtantes, mais en les montant selon sa sensibilité avec un commentaire de son cru, il en fait un récit à la fois personnel et universel.
Le film commence par nous montrer les images précédant la mort des vulcanologues, surpris au Japon alors qu’ils surveillaient un volcan qui leur semblait paresseux et les a incités à s’en approcher plus que de raison. Soudain, ils seront surpris par une colossale coulée pyroclastique, un agrégat de gaz et de particules à ultra-haute température qui se déplace à 150 km/h et carbonise instantanément tout ce qui se trouve sur son chemin. Nous voilà prévenus. Le reste du film raconte en flash-back les débuts du couple, depuis leur rencontre en Alsace à l’université. Une passion commune va les emmener aux quatre coins du monde pour étudier les volcans au plus près et à grand risque. Par deux fois, ils sont à un cheveu d’être cuits.
Herzog le raconte en images, son commentaire en voix off apportant le suspens approprié. Progressivement, on les voit se transformer. De scientifiques (qu’ils ne cesseront jamais d’être) ils deviennent cinéastes. Amateurs au début, ils trouvent peu à peu leur style, à base de longue focale, cadrant de près un personnage (généralement Katia) tandis qu’au fond, la lave s’agite en un fascinant ballet de flux et de lumière. Le point est fait sur l’infini, rendant tous les plans nets, et gommant toute notion de distance: quand on voit Katia avancer et reculer face à la lave, on ne sait jamais si elle est à 20 m ou à 200 m du bord, de même qu’Anthony Quinn chevauchait vers la caméra dans Laurence d’Arabie pendant une éternité sans jamais sembler se rapprocher. Le résultat est totalement hypnotique, d’une beauté redoutable, comme une manifestation de l’enfer pour rappeler son existence aux habitants de la surface.
Les Krafft évoluent aussi dans leur approche, et avec le temps, ont tendance à observer avec plus d’attention les résultats des destructions sur les victimes. Leur cinéma s’affirme alors de plus en plus humaniste, même si les images les plus dures représentent des animaux plutôt que des humains. Herzog montre aussi l’envers du décor, notamment l’approche, qui parfois exige des semaines de progression à dos d’âne sur des pentes escarpées et rocailleuses. C’est dans ces moments précis qu’Herzog dit à quel point il aurait aimé être avec eux. Il a lui-même connu ce genre d’expérience lorsqu’il tournait dans des conditions épiques Aguirre ou Fitzcarraldo, auquel on ne peut s’empêcher de penser lorsqu’un véhicule est hissé avec un treuil depuis le ravin où il est tombé. Comme le titre l’indique, la musique sonne comme une invocation pour le repos des Krafft, mais Herzog en a fait une affaire très personnelle qui résume quasiment toute sa carrière.
18 décembre 2024 en salle | 1h 21min | DocumentaireDe Werner Herzog | Par Werner Herzog Titre original The Fire Within: A Requiem For Katia And Maurice Krafft |
18 décembre 2024 en salle | 1h 21min | Documentaire