Si vous avez aimé « Obsession » de Curry Barker, regardez ces 5 films

Et si le désir amoureux était la pire des malédictions ? Avec Obsession, qui sort en Blu-ray, Curry Barker transforme un vœu sentimental en cauchemar, auscultant la frontière trouble entre amour, possession et emprise. Une idée simple, mais redoutablement fertile, qui renvoie à plusieurs territoires familiers du cinéma fantastique et horrifique : les souhaits qui se retournent contre ceux qui les formulent, les passions dévorantes et les corps confisqués par la volonté d’autrui. Voici cinq films qui prolongent, chacun à sa manière, les obsessions de celui de Barker.

Possession (Andrzej Żuławski, 1981)
Pour mesurer jusqu’où le cinéma peut pousser la représentation d’une relation amoureuse devenue monstrueuse, il faut revoir Possession. À Berlin, un homme retrouve son épouse, dont le comportement lui échappe de plus en plus. La séparation du couple, les crises de jalousie et les soupçons d’adultère ouvrent bientôt sur une réalité autrement plus inquiétante. Andrzej Żuławski fait de la rupture sentimentale une expérience physique, convulsive, presque apocalyptique. Isabelle Adjani y livre une performance hallucinée, au cœur d’un film où les émotions semblent littéralement déformer les corps et les espaces. Comme dans Obsession, l’amour se confond avec le besoin de posséder l’autre et devient une force destructrice. Mais Żuławski pousse cette logique dans une dimension organique et métaphysique que le film de Barker ne cherche pas à atteindre. La créature qui apparaît dans Possession donne une forme concrète à ce qui, dans une relation toxique, demeure souvent invisible : la monstruosité du désir de contrôle. La mise en scène, nerveuse et fiévreuse, refuse toute distance rassurante et entraîne le spectateur dans la décomposition du couple. Ou quand la passion amoureuse devient un véritable film de possession.

Misery (Rob Reiner, 1990)
C’est une référence fondamentale pour comprendre la genèse d’Obsession. Curry Barker a expliqué que son idée initiale lui était venue de Misery, le film de Rob Reiner adapté du roman de Stephen King. Il était fasciné par cette femme dont l’admiration pour un écrivain se transforme en désir de possession absolue. Il revient d’ailleurs sur cette filiation dans un entretien accordé à Inverse. Après un accident de voiture, un romancier à succès est recueilli par une ancienne infirmière qui se présente comme sa plus grande admiratrice. Lorsqu’elle découvre qu’il a tué son personnage favori dans son dernier manuscrit, sa dévotion vire à la fureur, et elle entend alors contraindre l’écrivain à ressusciter son héroïne, quitte à le séquestrer et à le mutiler. Comme dans Obsession, l’amour proclamé par un personnage dissimule une volonté de contrôle qui ne tolère ni refus ni contradiction. La relation entre les deux repose sur un déséquilibre radical : l’un veut partir, l’autre entend décider de tout. Rob Reiner tire une grande partie de l’horreur de cet enfermement domestique, sans avoir besoin de recourir au surnaturel. Kathy Bates compose une fan à la fois affable, puérile et terrifiante, dont les brusques changements d’humeur rendent chaque scène imprévisible. Là où Barker transforme le désir amoureux en malédiction fantastique, Misery montre comment l’admiration peut devenir une forme de prédation. Un classique incontournable sur la face monstrueuse de l’attachement, et une référence revendiquée par le réalisateur d’Obsession.

Audition (Takashi Miike, 1999)
Avec Audition, le rapprochement se fait moins du côté du surnaturel que de celui de la relation amoureuse comme piège. Le film suit un veuf qui organise une fausse audition dans l’espoir de trouver une nouvelle épouse. Il tombe sous le charme d’une jeune femme apparemment réservée, dont le passé dissimule pourtant une violence terrifiante. Takashi Miike construit d’abord un drame sentimental presque feutré, avant de faire lentement basculer le récit dans l’horreur. Ce glissement progressif rappelle la manière dont Obsession transforme une situation familière (un homme amoureux qui voudrait être aimé en retour) en cauchemar. Mais Audition pousse beaucoup plus loin la question du rapport de pouvoir entre les sexes. Le désir masculin repose sur une mise en scène, une manipulation et une volonté de contrôle. La mise en scène de Miike joue avec les attentes du spectateur, installe un malaise durable et réserve à son dernier acte une réputation amplement méritée. Là où Curry Barker travaille la peur de voir l’être aimé devenir étranger, Miike fait de cette étrangeté une menace absolue. Et rappelle que les histoires d’amour peuvent être de redoutables films d’horreur.

Invisible Man (Leigh Whannell, 2020)
Dans Invisible Man, l’obsession amoureuse prend la forme d’un dispositif de surveillance et de terreur psychologique. Une femme tente d’échapper à son compagnon violent et tyrannique, avant d’apprendre qu’il s’est suicidé. Très vite, des événements inexplicables lui font soupçonner qu’il est toujours vivant et qu’il continue de la traquer. Le rapprochement avec Obsession est ici plus qu’une simple parenté thématique : Barker a lui-même cité le film de Leigh Whannell comme l’une de ses grandes inspirations. Dans un entretien accordé à The Cold Magazine, il déclare que « The Invisible Man a été une grande source d’inspiration pour moi. » Les deux récits mettent en scène un personnage qui entend imposer sa présence à l’autre, au mépris de son autonomie et de son consentement. L’invisibilité devient chez Whannell une métaphore particulièrement efficace de l’emprise : le prédateur peut être partout, sans jamais être vu. Le cinéaste exploite cette idée avec précision, en faisant de chaque espace vide une source potentielle de menace. Elisabeth Moss donne au film une intensité physique qui rappelle la performance d’Inde Navarrette dans le long métrage de Barker. C’est assez adéquat pour prolonger la réflexion d’Obsession sur la domination affective et la dépossession de soi.

Pearl (Ti West, 2022)
Curry Barker a également cité Pearl parmi les films qui ont nourri son travail sur Obsession. Dans un entretien accordé à Phantasmag, il explique avoir regardé le film avec son actrice Inde Navarrette. Le film de Ti West suit une jeune femme vivant dans une ferme isolée du Texas, au début du XXᵉ siècle, qui rêve de devenir une star de cinéma. Coincée entre les exigences de sa mère autoritaire, les soins à donner à son père malade et l’étroitesse de son quotidien, Pearl voit son ambition se transformer en fixation. Ti West détourne les couleurs éclatantes et l’esthétique du mélodrame hollywoodien pour composer le portrait d’une psyché en train de se fissurer. Mia Goth livre une interprétation impressionnante, oscillant entre fragilité enfantine, désir de grandeur et cruauté glaçante. Le film partage avec celui de Barker une attention particulière aux contradictions de personnages qui se racontent leur propre histoire pour justifier leurs actes. Derrière l’apparente simplicité de son récit, Pearl interroge la frustration, le narcissisme et la violence qui peuvent naître d’un désir devenu absolu. Une référence particulièrement éclairante pour comprendre la façon dont Barker envisage ses personnages obsédés.

 Boîtier avec étui

Contient :
– le 4K Ultra HD du film (HDR10)
– le Blu-ray du film

Commentaire audio de Curry Barker
« Au cœur de l’obsession » : Making-of (20′)

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