Formé à New York en 1993 par Lawrence Chandler et Martha Schwendener, Bowery Electric s’est rapidement imposé dans l’underground américain en développant une musique quelque part entre shoegaze, post-rock, du drone (une musique fondée sur des sons longs, continus et répétitifs) et de l’ambient. Le duo va progressivement intégrer les codes du dub et de la musique électronique, jusqu’à faire de Beat (1996) une étape décisive de cette mutation. Avec Lushlife, paru en 2000 chez Beggars Banquet, Bowery Electric pousse encore plus loin cette hybridation : le troisième et dernier album du groupe fait du trip-hop son principal point d’ancrage, mais le filtre à travers les guitares et les textures atmosphériques qui constituent sa signature.
Enregistré sur disque dur et mixé à Electric Sound, à Brooklyn, l’album multiplie les collages sonores (plus de 75 samples) et brouille constamment la frontière entre instruments joués et matière samplée. Freedom Fighter, sixième morceau de Lushlife et également sorti en single au début de l’année 2000, fait particulièrement bien entendre cette belle évolution. Le morceau conserve quelque chose du vertige shoegaze de Bowery Electric, mais tout y penche désormais nettement vers le trip-hop, tandis que les scratches et les programmations de Chandler donnent à l’ensemble une assise plus urbaine. Le résultat s’éloigne donc du shoegaze le plus traditionnel pour privilégier une atmosphère plus dense sans jamais renoncer complètement aux guitares. Info en plus, qui rend joyeux : Freedom Fighter contient une recréation (et non un sample) du Introduction, de Nick Drake, utilisée sous licence, ce qui ajoute à la belle mélancolie de l’ensemble et n’est pas pour nous déplaire. Le texte, lui, revêt une connotation politique plus explicite. En substance, Freedom Fighter évoque un monde où la guerre, les bombardements et leur représentation médiatique finissent par se confondre.
Au final, la mélancolie de Nick Drake, les pulsations du trip-hop, les fantômes du shoegaze… On nage dans des eaux délicieuses. Après Lushlife, Bowery Electric met ses activités en sommeil et le duo ne jouera ni n’enregistrera plus sous ce nom, laissant derrière lui une discographie aussi courte que cohérente (trois albums en cinq ans).


