Culte des années 90: Everything But The Girl – « Missing »

Everything But The Girl (soit, littéralement, Tout sauf la fille), c’est avant tout un duo britannique composé de Tracey Thorn et de Ben Watt, tous deux nés en 1962. Ils n’ont pas encore 20 ans lorsqu’ils se rencontrent comme étudiants à l’Université de Hull, passent de l’amitié à l’amour tout en créant leur groupe qu’ils nomment Everything But The Girl, en référence au slogan d’un magasin de meubles de Hull très connu, Turners Furniture, sur Beverley Road. Le magasin avait en effet originellement une devanture sur laquelle on pouvait lire « Pour votre chambre, nous vendons tout sauf la fille » (« for your bedroom needs, we sell everything but the girl »).

Tracey en sera la chanteuse et Ben, fils de musicien, l’auteur-compositeur/multi-instrumentiste, toqué de Joy Division, Magazine, Wire, Brian Eno, Kevin Coyne ou Robert Wyatt, avec lequel il a sorti un premier mini-album (Summer into Winter, 1982). EBTG se fait remarquer avec Night and Day, paru en mars 1982, un premier 45-tours de trois titres, avec une reprise de Cole Porter du même nom, qui a eu droit aux éloges d’un jeune Neil Tennant (futur chanteur des Pet Shop Boys), qui, alors journaliste pour le magazine Smash Hits, écrit qu’il s’agit « d’une reprise exceptionnelle de cet immense classique ». Jusqu’en 1992, le duo sortira sept albums aux influences pop, jazz et folk, avant d’opérer progressivement un virage électronique, qui s’affirmera pleinement avec Walking Wounded et ses accents drum’n’bass. Une évolution déjà perceptible sur Amplified Heart, notamment avec Missing, avant la collaboration marquante de Tracey Thorn avec Massive Attack sur Protection.

C’est à la même période (en 1992 donc) qu’on diagnostique à Ben le syndrome de Churg et Strauss, alors qu’il vient de fêter ses 29 ans. Une maladie auto-immune rare, pour laquelle il va être hospitalisé plus de trois mois, subir de nombreuses interventions chirurgicales et frôler plusieurs fois la mort. Tout ce qui les dévaste, ils le mettront dans Missing, leur morceau sorti en 1994, et le rendront terriblement communicatif. Une chanson qui raconte l’absence et la séparation, mais dont l’histoire est profondément marquée par l’épreuve traversée par Ben. Son clip prolonge cette mélancolie jusqu’à l’exhibition du corps malade de Ben et la solitude errante et mélancolique de Tracey qui se console en regardant un couple s’embrasser sur une télé. C’est une chanson sur le mal de vivre, une chanson qui deviendra un tube en club.

Le producteur Todd Terry a remixé le titre de façon house, sublime, qui, du coup, est sorti en single et devenu un succès international. Il a atteint le top dix dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, où il culmine au n°2 du Billboard Hot 100. Et bizarrerie notable : c’est le premier tube house d’un groupe jusque-là associé à une pop sophistiquée teintée de folk et de jazz. Un morceau déchirant sur l’absence sur laquelle on danse pour se sentir vivant. « Nous avions des mixes house pour l’Angleterre, mais nous cherchions quelqu’un de plus américain », relate Tracy Thorn.

« Todd Terry, connu pour ne rien garder de l’original, a préservé la chanson telle quelle en rajoutant juste ce beat », dit-elle. « Certains aiment ce morceau pour Todd Terry, d’autres pour Tracey, d’autres pour l’histoire… », ajoute Ben Watt. « Le morceau est ambivalent : beat heureux mais chanson triste, cette qualité deep dish… Je voulais un hit house. Nous avons même utilisé une boucle du beat de Break 4 Love. Et puis Tracey a écrit les paroles. Ensuite, nous avons enregistré notre propre version douce. J’aime le garage triste. Des morceaux comme Reachin’ de Phase II ou You’re Gonna Miss Me du Truntable Orchestra ». Et dire que cette année-là (1994), Warner mettait fin au contrat du duo !

Mauvais flair, bonne affaire pour Virgin, chez qui EBTG signe et sort l’album Walking Wounded, permettant au duo de réaliser un nouvel exploit en entrant directement dans le classement des albums britanniques à la quatrième place, notamment grâce à Wrong qui, lui aussi, bénéficie d’un très beau remix de Todd Terry (ce génie !). Puis, plus de deux décennies après Temperamental, sorti en 1999, le couple à la ville comme à la scène a continué de dessiner les contours de son grand retour avec un album… en 2023 : Fuse. Soit le onzième album studio d’EBTG, avec des chansons originales et des arrangements à la fois électroniques et acoustiques. Nous étions contents de les voir, nous nous sommes tant aimés…

@chaosreignfr Everything But The Girl – "Missing" (1994) Histoire du titre à lire sur Chaos : https://www.chaosreign.fr/culte-des-annees-90-everything-but-the-girl-missing/ #musique #story #everythingbutthegirl #toddTerry #missing #likethedesertsmisstherain🙋‍♂️ ♬ son original – CHAOS

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