Culte des années 2000 : The Avalanches – « Frontier Psychiatrist »

En 2000, le groupe australien The Avalanches s’est fait connaître avec l’album Since I Left You, un premier disque devenu emblématique pour son art du collage sonore, entièrement construit à partir de centaines de samples puisés dans des disques de toutes sortes. Réédité le 4 juin 2021 aux formats physique et numérique dans une version enrichie de quinze titres inédits (édits, remixes et démos), il témoigne de la richesse d’un travail de production qui transforme des fragments musicaux disparates en un ensemble étonnamment cohérent. Comme les aficionados le savent, l’album contient notamment Frontier Psychiatrist, un morceau à la croisée du hip-hop, de la musique électronique et du théâtre radiophonique, qui mêle, entre autres, des extraits du sketch homonyme du duo comique canadien Wayne et Shuster, un fond orchestral tiré de My Way of Life (1968) de Frank Sinatra, une citation du film Polyester de John Waters et l’ouverture composée par Maurice Jarre pour Lawrence d’Arabie. Le tout s’apparente à un dialogue surréaliste entre voix, bruitages, répliques et envolées orchestrales, où chaque fragment semble répondre au précédent sans que l’on puisse vraiment anticiper le suivant. Et si ce titre est resté aussi célèbre, c’est aussi grâce à son clip, véritable moment de chaos organisé, réalisé par Tom Kuntz et Mike Maguire.

Le principe est simple, mais complexe à mettre en images : chaque sample est représenté par un acteur. Les voix, les interventions parlées et les sons les plus incongrus prennent ainsi corps à l’écran, comme si le montage musical se transformait en une succession de saynètes absurdes. Sur le papier, c’est un peu comme dans le clip de Around the World, réalisé par Michel Gondry, où chaque groupe de danseurs représente un instrument. Mais à l’écran, il faut voir le délire ! Là où Gondry orchestre une chorégraphie circulaire et répétitive, Tom Kuntz et Mike Maguire donnent forme à un véritable théâtre de l’absurde, peuplé de personnages improbables et de situations qui épousent les ruptures du morceau. Faussement foutraque, en réalité réglé avec une précision de métronome et merveilleusement surréaliste, le résultat demeure toujours aussi explosif. Chaque geste, chaque apparition et chaque changement de plan semblent répondre à un détail sonore, faisant du clip bien plus qu’un simple accompagnement visuel : une traduction littérale, burlesque et inventive de la logique du sampling. Un petit chef-d’œuvre de synchronisation et de détournement, qui donne à mesurer à quel point The Avalanches ont manqué à la scène électronique, et combien leur manière de faire dialoguer des sons venus d’époques et d’univers différents conserve toute sa singularité.

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