Au fait, on a vu « Joker : folie à deux » avec Joaquin Phoenix et Lady Gaga

LES ETOILES DE LA REDAC

Morgan Bizet
Romain Le Vern
Gérard Delorme

Chabadabada-ouh-la-la. A quelques jours de son procès pour les crimes commis sous les traits du Joker, Arthur Fleck rencontre le grand amour et se trouve entraîné dans une folie à deux.

Caught in a bad romance. Succès colossal au box office en 2019, Lion d’or à Venise, Oscar du meilleur acteur pour Joaquin Phoenix. Qu’on l’aime ou pas, Joker, souvent sujet de moqueries sur internet au point d’en faire le Fight Club des années 2010, n’est définitivement pas un film de super-héros comme les autres. Pas étonnant de voir le trio Warner-Todd Phillips-Joaquin Phoenix rempiler pour un second opus, annoncé comme la conclusion d’un diptyque sur Arthur Fleck. Avec un budget de 200 millions de dollars (quatre fois supérieur à son prédécesseur!) et les pleins pouvoirs, Todd Phillips a fait ce qu’il voulait. Joker: Folie à deux est donc une comédie musicale, et ne ressemble en rien à ce qui était attendu de lui, pour le pire, mais aussi le meilleur. On s’explique.

Se déroulant deux ans après les évènements du premier épisode, Joker: Folie à deux concrétise le rêve initial de Christopher Nolan (finalement abandonné suite au décès de Heath Ledger) de filmer le procès de l’antagoniste préféré de Batman. Pas d’asile d’Arkham cependant, le film se déroule quasi intégralement dans l’enceinte d’une prison lambda. Ou plutôt deux, l’une carcérale et l’autre mentale. Car Todd Philips explore à fond la thématique psychiatrique, faisant du Joker, non pas un criminel anarchiste, mais un déséquilibré, abusé par sa mère dans sa jeunesse, qui ne parvient plus à discerner la réalité de la fiction. En résumé, Arthur Fleck se fait des films. En bon cinéphile – on le devine par sa passion pour Tous en scène de Vincente Minnelli, lors d’une projection en prison – il s’imagine en vedette d’une comédie musicale romantique et joviale, très fifties (Minnelli oui, mais Donen et Cukor aussi) à l’opposé du thriller horrifique et poisseux façon «Nouvel Hollywood» qu’était le premier Joker.

La violence est remisée hors champ, ou alors désamorcée dans un numéro musical comique. D’où l’impression de regarder un film sans ancrage, où s’enchainent sans réelle continuité scènes de prison ou de procès et moments chantés et dansés. La plupart d’entre eux se déroulent d’ailleurs dans le théâtre mental d’Arthur Fleck, et non plus dans l’espace réel, quitte à heurter davantage la narration du film. Si tous les numéros ne se valent pas, force est de reconnaitre que l’alchimie du duo Phoenix-Gaga et l’utilisation de standards de la musique des années 50 et 60 plutôt qu’une partition inédite rendent Joker: Folie à deux bien moins désagréable qu’au hasard… Emilia Perez… mais Jacques Audiard aime-t-il vraiment le genre?

Joker et sa suite forment donc un diptyque imparfait, mais que l’on a le droit de trouver fascinant, à contre-courant sur une figure éminente du cinéma de super-héros dominant depuis deux décennies à Hollywood, en passant par un hommage à un cinéma d’auteur révolu. Un pari risqué, qui démythifie le personnage, jusqu’à devenir une réflexion sur le fanatisme et l’idolâtrie. D’Harley Quinn aux poseurs de bombe qui libèrent l’accusé de ses chaines, tous n’ont d’yeux que pour le Joker, au grand dam de Fleck le mal-aimé. On comprend mieux l’échec de Folie à deux en salles, tant Todd Phillips ne cède rien aux fans du premier film – pas même une reprise de la fameuse danse de l’escalier, présente dans le teaser, finalement coupée au montage. Ce que ça annonce pour le cinéma d’auteur à Hollywood, après les fours de Furiosa et Megalopolis, n’augure rien de bon…

2 octobre 2024 en salle | 2h 19min | Action, Drame, Romance
De Todd Phillips | Par Todd Phillips, Scott Silver
Avec Joaquin Phoenix, Lady Gaga, Brendan Gleeson
Titre original Joker : Folie à Deux
Joker et sa suite forment donc un diptyque imparfait, mais que l'on a le droit de trouver fascinant, à contre-courant sur une figure éminente du cinéma de super-héros dominant depuis deux décennies à Hollywood, en passant par un hommage à un cinéma d’auteur révolu. Un pari risqué, qui démythifie le personnage, jusqu’à devenir une réflexion sur le fanatisme et l’idolâtrie.Au fait, on a vu "Joker : folie à deux" avec Joaquin Phoenix et Lady Gaga
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