Body double. Une nuit, Émilie, une jeune étudiante fraîchement montée sur Paris et jouée par Marion Barbeau, remarque qu’un drone silencieux l’observe à la fenêtre de son appartement. Les jours suivants, il la suit et scrute chacun de ses mouvements. D’abord protecteur, le drone devient inquiétant. Émilie se sent de plus en plus menacée…
Emily, (architect) in Paris. « Orwellien », « hitchcockien », certains oseront même un audacieux « panopticon benthamien » que reprendra Foucault dans ses écrits sur la surveillance (qu’on n’aime jamais autant sortir que quand on a eu la chance de pouvoir intégrer une classe prépa)… Les étiquettes ne manquent pas pour qualifier le premier long-métrage de Simon Bouisson, réal diplômé de la FEMIS qu’on a notamment vu au générique de Stalk et 3615 Monique. Et les étiquettes semblent très unanimes pour saluer la qualité de ce thriller nocturne s’attaquant rondement à notre voyeurisme contemporain (ce n’est pas un spoiler, c’est annoncé dans le titre). On lit même ici et là que la scène d’ouverture, faite d’une virevoltante pyrotechnie aérienne s’invitant devant les intérieurs vitrés offerts par une barre d’immeubles à la vue de tous, rejoue celle de Fenêtre sur cour. C’est oublier que tout le génie du gros Hitch tient justement à capter le monde depuis un endroit fixe et menaçant, constitué d’un fauteuil roulant, d’un téléphone et d’une paire de jumelles, et que le plaisir du spectateur naît du jeu avec une contrainte qui n’a rien d’omnisciente.
Il faut dire que le film est bâti sur une construction assez bizarroïde, ce qui n’est pas sans lien avec les thématiques explorées par film. La première partie, narrant l’arrivée en ville d’une jeune femme solitaire et introvertie, confrontée à d’énervants (et confiants) camarades de classe qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère – on pense au très trouble et très réussi personnage incarné par Stefan Crepon -, réussit haut la main ses petits effets. Le monde entier est un danger, les soirées électro sont à la fois source d’excitation et d’urticaire derrière la nuque, on ne sait pas trop si les camarades de promo sont des alliés ou des FDP… Tout ça, Simon le restitue fort bien, peut-être aussi grâce à une science aiguë du dialogue acquise sur le plateau des séries télé (et peut-être à Gilles Marchand, crédité en fin de générique d’intro).
Mais quand le film s’aventure sur le territoire du thriller tout-à-fait-lisible confrontant la femme à la machine, et qu’on comprend la métaphore patiemment tissée (et au prix de combien de répétitions scénaristiques, assénées avec un premier degré qui ferait hurler tous les personnages de Body Double) de la mise en pièces du regard masculin, le projet fait plouf et le drone s’écrase d’un coup sur le bitume. Drone a quelque chose d’étrangement anachronique, arrivant dix ans après l’affaire Snowden et à une époque où l’objet est plus un instrument guerrier qu’un simple auxiliaire du regard. Il feint aussi d’oublier, par une fin très rape and revenge qu’on ne tarde pas vraiment à anticiper, que le voyeurisme est un objet profondément ambivalent – d’où un sacré paquet de films merveilleux sur le sujet – et que, contrairement à ce qu’en disait mon curé (ou Michael Haneke), tous les regards ne sont pas coupables.
2 octobre 2024 en salle | 1h 50min | ThrillerDe Simon Bouisson | Par Simon Bouisson, Fanny Burdino Avec Marion Barbeau, Eugénie Derouand, Cédric Kahn |
2 octobre 2024 en salle | 1h 50min | Thriller